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CINNA.
Trahir ton souverain, ton ami, ta maîtresse,
Sans que de tant de droits en un jour violés.
Sans que de deux amants au tyran immolés,
II te reste aucun fruit que la honte et la rageQu’un remords inutile allume en ton courage.
Euphorbe, c’est l’effet de tes lâches conseils ;
Mais que peut-on attendre enfin de tes pareils?
Jamais un affranchi n’est qu’un esclave infame 1 * ;
Bien qu’il change d’état, il ne change point d’ame;
La tienne, encor servile, avec la libertéN’a pu prendre un rayon de générosité :
Tu m’as fait relever une injuste puissance;
Tu m’as fait démentir l’honneur de ma naissance;
Mon cœur te résistoit, et tu l’as combattuJusqu’à ce que ta fourbe ait souillé sa vertuIl m’en coûte la vie, il m’en coûte la gloire,
Et j’ai tout mérité pour t’avoir voulu croire ;
Mais les dieux permettront à mes ressentimentsDe te sacrifier aux yeux des deux amants 3 ,
Et j’ose m’assurer qu’en dépit de mon crime 4
l II ne paraît pas convenable qu’un conjuré, qu’un sénateur reprocheà un esclave de lui avoir fait commettre une mauvaise action ; ce re-proche serait bon dans la bouche d’une femme faible, dans celle dePhèdre, par exemple, à l’égard d’Œnone, dans celle d’un jeune hommesans expérience; mais le spectateur ne peut souffrir un sénateur quidébite un long monologue pour dire à son esclave, qui n’est pas là, qu’ilespère qu’il pourra se venger de lui, et le punir de lui avoir fait com-mettre une action infame. (V.)
* Il faut éviter cette cacophonie en vers, et même dans la prose sou-tenue. (V.)
3 On se soucie fort peu que cet esclave Euphorbe soit mis en croixou non. Cet acte est un peu défectueux dans toutes ses parties ; la dif-ficulté d’en faire cinq est si grande, l’art était alors si peu connu, qu’ilserait injuste de condamner Corneille. Cet acte eût été admirable par-tout ailleurs dans son temps ; mais nous ne recherchons pas si une■chose était bonne autrefois, nous recherchons si elle est bonne pour tousles temps. (Y.)
* On ne peut pas dire en dépit de mon crime, comme on dit malgrémon crimCy quel qu’ait été mon crime , parcequ’un crime n’a point dedépit. On dit bien en dépit de ma haine, de mon amour, parceque lespassons se personnifient. (Y.)