-94 CINNA.
.le t’en avois comblé, je t’en veux accabler :
Avec cette beauté que je l’avois donnée,
Reçois le consulat pour la prochaine année.
Aime Cinna, ma fille, en cet illustre rang;
Préfères-en la pourpre à celle de mon sang 1 ;
Apprends sur mon exemple à vaincre ta colère :
Te rendant un époux, je te rends plus qu’un père.
émue.
Et je me rends, seigneur, à ces hautes bontés;
Je recouvre la vue auprès de leurs clartés :
Je comtois mon forfait qui me scmbloit justice;
Et (ce que n’avoit pu la terreur du supplice)
Je sens naître en mon ame un repentir puissant,
Et mon cœur en secret me dit qu’il y consent.
Le ciel a résoin votre grandeur suprême ;
Et pour preuve, seigneur, je n’en veux que moi-même.
J’ose avec vanité me donner cet éclat,
Puisqu’il change mon cœur, qu'il veut changer l’État.
Ma haine va mourir, que j’ai crue immortelle;
Elle est morte, et ce cœur devient sujet fidèle ;
Et, prenant désormais cette haine en horreur,
L’ardeur de vous servir succède à sa fureur.
CINNA.
Seigneur, que vous dirai-je après que nos offensesAu lieu de châtiments trouvent des récompenses ?
O vertu sans exemple ! ô clémence, qui rendVotre pouvoir plus juste, et mon crime plus grand !
AUGUSTE.
Cosse d’en retarder un oubli magnanime;
Et tous deux avec moi faites grâce à Maxime :
H nous a trahis tous; mais ce qu’il a commisVous conserve innocents, et me rend mes amis.
(à Maxime. )
Reprends auprès de moi ta place accoutumée;
Rentre dans ton crédit et dans ta renommée ;
Qu’Euphorbe de tous trois ait sa grâce à son tour ;
Et que demain l’hymen couronne leur amour.
1 La pourpre d'un rang est intolérable ; celte pourpre, comparée au.sang ‘parceQu’il est rouge, est puérile. (V.)