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ACTE V, SCÈNE III.
Si tu l’aimes encor, ce sera ton supplice.
MAXIME.
Je n’en murmure point, il a trop de justice 1 ;
Et je suis plus confus, seigneur, de vos bontésQue je ne suis jaloux du bien que vous m’ôtez.
C1NNA.
Souffrez que ma vertu dans mon cœur rappeléeVous consacre une foi lâchement violée,
Mais si ferme à présent, si loin de chanceler,
Que la chute du ciel ne pourvoit l'ébranler.
Puisse le grand moteur des belles destinées,
Pour prolonger vos jours, retrancher nos années ;
Et moi, par un bonheur dont chacun soit jaloux,
Perdre pour vous cent fois ce que je tiens de vous !
LIVIE.
Ce n’est pas tout, seigneur ; une céleste flammeD’un rayon prophétique illumine mon ame 2 .
Oyez ce que les dieux vous font savoir par moiDe votre heureux destin c’est l’immuable loi.
Après cette action vous n'avez rien à craindre ;
On portera le joug désormais sans se plaindre;
Et les plus indomptés, renversant leurs projets,
Mettront toute leur gloire à mourir vos sujets;
Aucun lâche dessein, aucune ingrate envieN’attaquera le cours d’une si belle vie;
Jamais plus d’assassins, ni de conspirateurs :
Vous avez trouvé l’art d’être maître des cœurs.
Rome, avec une joie et sensible et profonde,
Se démet en vos mains de l’empire du monde ;
Vos royales vertus lui vont trop enseignerQue son bonheur consiste à vous faire régner :
1 Un supplice est juste; on l’ordonne avec justice; celui qui punit ade la j ustice ; mais le supplice n’en a point, parce qu’un supplice nepeut être personnifié. (V.)
2 Un rayon prophétique ne semble pas convenir à Livie; la justeespérance que la clémence d’Auguste préviendra désormais toute con-spiration vaut bien mieux qu’un rayon prophétique.
On retranche aux représentations ce dernier couplet de Livie commeles autres, par la raison que tout acteur qui n’est pas nécessaire gâteles plus grandes beautés. (V.)