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Chefs-D'Œuvres dramatiques de P. Corneille : Avec les notes de tous les commentateurs
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7,22 POLYEUCTE.

Si je l’en avois fait seulement .le récit.

STKATONICE.

A raconter ses maux souvent on les soulage

PAULINE.

Écoute ; mais il faut te dire davantage,

Et que, pour mieux comprendre un si triste discours,

Tu saches ma foiblesse et mes autres amours :

Une femme d’honneur peut avouer sans honteCes surprises des sens que la raison surmonte ;

Ce n’est qu’en ces assauts qu’éclate la vertu,

Et l’on doute d’un cœur qui n’a point combattu 2 .

Dans Rome, où je naquis, ce malheureux visage 3 *

D’un chevalier romain captiva le courage ;

Il s’appelait Sévère : excuse les soupirsQu’arrache encore un nom trop cher à mes désirs.

STKATONICE.

Est-ce lui qui naguère aux dépens de sa vieSauva des ennemis votre empereur Décie,

t Ce vers est un peu familier, et il faut en racontant , et non à ra-conter. (V.)

2 Plusieurs 'personnes ont trouvé que Pauline ne devait pas débuterpar dire un peu crûment qu’elle a eu d 'autres amours, et qu’une co-quette ne s’exprimerait pas autrement ; d’autres disent que Corneilleavait la simplicité d’un grand homme, et qu’il ia donne à Pauline. Onpeut remarquer ici que Corneille étale presque toujours en maxime ceque Racine mettait en sentiment. Il y a peut-être une espèce d’appa-reil, une petite affectation dans une nouvelle mariée, à dire ainsi qu’unefemme d’honneur peut raconter ses amours. On sent que c’est le poëtequi débite ses pensées et qui prépare une excuse pour Pauline. SiPauline n’avait pas combattu, voudrait-elle qu’on doutât de sa con-duite 1 Une femme est-elle moins estimée pour n’avoir aimé que sonmari 1 faut-il absolument qu’elle ait un autre amour, pour qu’on nedoute pas de sa vertu i (V.) —Corneille, dans l’examen de Polyeucte yavoit réfuté d’avance l’objection de Voltaire. « Pauline , dit-il, ne« s’ouvre à Stratonice que pour lui faire entendre le songe qui la“ trouble, et les sujets qu’elle a de s’en alarmer. » Elle ne pouvoit luiraconter ce songe, dans lequel il est question de Sévère, sans lui con-fier le secret de ses premières amours : secret , ajoute Corneille, qu’ellene lui eût jamais révélé sans celle occasion qui l’y oblige. Il n’y adonc pas de coquetterie dans cette confidence de Pauline. (P.)

3 Ce malheureux visage... Cette expression est condamnée commeburlesque. (P. )