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Chefs-D'Œuvres dramatiques de P. Corneille : Avec les notes de tous les commentateurs
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ACTE I, SCÈNE III. 325

Qui leur tira mourant la victoire des mainsEt lit tourner le sort des Perses aux Romains 2 ?

Lui, qu’entre tant de morts immolés à son maître,

On ne put rencontrer, ou du moins reconnoître;

A qui Décie, enfin, pour des exploits si beaux,

Fit si pompeusement dresser de vains tombeaux?

PAULINE.

Hélas ! c’étoit Iui-méme, et jamais notre Rome

N’a produit plus grand cœur, ni vu plus honnête homme.

Puisque tu le connois, je ne t’en dirai rien.

Je l’aimai, Stratonice; U le mériloit bien.

Mais que sert le mérite où manque la fortune?

L’un étoit grand en lui, l’autre ibible et commune ;

Trop invincible obstacle, et dont trop rarementTriomphe auprès d’un père un vertueux amant î

STRATONICE.

La digne occasion d’une rare constance 3 I

PAULINE.

I)is plutôt d’une indigne et folle résistance.

Quelque fruit qu’une fille en puisse recueillir 4 ,

Ce n’est une vertu que pour qui veut faillir.

1 Tirer la victoire des mains , expression impropre et un peu basseaujourd’hui; peut-être ne Tétait-elle pas alors. (V.)

2 Le sort ne peut être employé pour la victoire ; mais le sens est siclair, qu’il ne peut y avoir d’équivoque. Tourner le sort n’est pasheureux. {V.}

3 Stratonice pourrait parler ainsi avant le mariage, mais non ap>rès.Ce vers est trop d’une soubrette. \Y.)

4 Le fruit recueilli par une fille ne présente pas un sens clair ; et si,

par ce fruit, Pauline entend la possession d’un amant, ce discours pa-rait peu convenable à une nouvelle mariée. Racine a employé cetteexpression dans Phèdre: ''

Hélas ! du crime affreux dont la honte me suitJamais mon triste cœur n’a recueilli le fruit *.

Mais cela veut dire, je rCai jamais goûté de douceur dans ma pus^sion criminelle. (Y.)

* Les vers do Racine disent peut-être un peu trop : Pauline ne dit que dequ’elle doit dire; mais Corneille auroit pu l’exprimer plus heureusement. (P.)