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Chefs-D'Œuvres dramatiques de P. Corneille : Avec les notes de tous les commentateurs
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POLYEUCTE,

Je ne sais ni comment ni quand ils l’ont tué,

Mais je sais qu’à sa mort tous ont contribué.

Voilà quel est mon songe.

STI1ATOXICE.

Il est vrai qu’il est triste 1 ;

Mais il faut que votre ame à ces frayeurs résiste :

qu’elle voit des chrétiens qui assassinent son mari, et qu'elle devaitvoir tout le contraire.

.Des chrétiens une impie assemblée,

A jeté Polveucle aux pieds de son rival.

Ce qu'on pourrait encore reprocher peut-être à ce songe, c’est qu’ilne sert de rien dans la pièce ; ce n’est qu’un morceau de déclamation.Il n’en est pas ainsi du songe d’Athaîie, envoyé exprès par le Dieu desJuifs; il fait entrer Atbalie dans le temple pour lui faire rencontrerce mêm<? enfant qui lui est apparu pendant la nuit, et pour amenerl’enfant même, le nœud et le dénoûment de la pièce ; un pareil songeest à la fois sublime, vraisemblable, intéressant et nécessaire : celuide Pauline est à la vérité un peu hors d'œuvre, la pièce peut s’enpasser. L’ouvrage serait sans doute meilleur s’il y avait le même artque dans Athalie; mais si ce songe de Pauline est une moindre beauté,ce n’est point du tout un défaut choquant; il y a de l'intérêt et dupathétique. On fait souvent des critiques judicieuses qui subsistent;mais l’ouvrage qu’elles attaquent subsiste aussi. Je ne sais qui a ditque ce songe est envoyé par le diable. ("V.) — L’hôtel de Rambouilletavoit évidemment tort. Ce n’est pas Dieu, c’est, au contraire le diable,qui, dans l’intention de l’auteur, envoie ce songe à Pauline pour luifaire haïr les chrétiens. C’est ce que Corneille fait dire expressément àNearque dans la première scène de ce premier acte, où il est questiondu même songe. Voltaire auroit dû se rappeler ces vers :

Et ce songe, rempli de noires visions,

N’est pas le coup d’essai de ses illusions.

Le diable veut exciter Pauline à s’opposer au baptême de Polyeucte :supposition qui n’a rien que de naturel dans une tragédie chrétienne,quelque absurde qu’elle puisse paroître à la raison. (P.)

l Cette naïveté fait toujours rire le parterre ; je n’en ai jamais tropconnu la raison : on pouvait s’exprimer avec un tour plus noble; maisla simplicité n’est-ellc pas permise dans une confidente'! ses expres-sions ici ne sont point comiques. A l’égard du songe, s’il n’a pas l’ex-trême mérite de celui d’Athalie, qui fait le nœud de la pièce, il a le-mérite de celui de Camille, il prépare. {V.)