ACTE U, SCÈNE I.
FABIAN.
Je tremble à vous le dire; elle est...
SÉVÈRE.
Quoi ?
FABIAN.
Mariée ’.
SÉVÈRE.
Soutiens-moi, Fabian ; ce coup de foudre est grand,Et frappe d'autant plus, que plus il me surprend 2 .
FABIAN.
Seigneur, qu’est devenu ce généreux courage ?
SKVKIiE.
Ea constance est ici d’un difficile usage;
De pareils déplaisirs accablent un grand cœur;
Ea vertu la plus mâle en perd toute vigueur;
Et, quand d’un feu si beau les âmes sont éprises,
La mort les trouble moins que de telles surprises \Je ne suis plus à moi quand j’entends ce discours.Pauline est mariée!
FABIAN.
Oui, depuis quinze jours 4 ;
ignore un moment, dans la maison de Félix, le mariage de sa fille : ila dû le savoir en mettant le pied dans l’Arménie. (Y.)
1 Comment s’exprimerait-on autrement dans la comédie? Quelleidée petit avoir Sévère en disant quoi 1 que peut-il soupçonner ? il saitque Pauline est vivante, qu’elle est honorée. Ce quoi n’est là que pourfaire dire à Fabian, mariée, et Sévère devait le savoir tout aussi bienque Fabian. Remarquez toutefois que, malgré tous ces défauts contrela vraisemblance, il règne dans cette scène un très grand intérêt : etc’est là ce qui fait le succès des tragédies. Ce mouvement d'intérêtdiminuerait beaucoup si les spectateurs étaient tous des censeurs éclai-rés ; mais le public est composé d’hommes qui se laissent entraînerau sentiment. (Y.)
2 Ce coup de foudre est d’un héros de roman. Quand l’expressionest trop forte pour la situation, elle devient comique. Et comment uncoup de foudre frappc-t-il d’autant plus qu’il surprend t il faut quela métaphore soit juste. (Y.)
3 Ces quatre vers refroidissent. C’est l’auteur qui parle, et non pasle personnage. On ne débite pas des lieux communs quand on est pro-fondément affligé. Corneille tombe trop souvent dans ce défaut. {Y.}
4 Quoi! elle est mariée depuis quinze jours, et Sévère n’en a rien su
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