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POLYEUCTE
La faveur au dédain, et l’amour à la haine.
Qu’un peu de votre humeur ou de votre vertu 1Soulagerait les maux de ce cœur abattu !
Un soupir, une larme à regret épandueM'auroit déjà guéri de vous avoir perdue ;
Ma raison pourrait tout sur l’amour alfoibli,
Et de l’indifférence irait jusqu'à l’oubli;
Et, mon feu désormais se réglant sur le vôtre,
Je me tiendrais heureux entre les bras d’une autre.
O trop aimable objet, qui m’avez trop charmé,
Est-ce là comme on aime, et m’avez-vous aimé ?
PAULINE.
Je vous l’ai trop fait voir, seigneur, et si mon amePouvoit bien étouffer les restes de sa flamme,
Dieux, que j’éviterais de rigoureux tourments!
Ma raison, il est vrai, dompte mes sentiments :
Mais, quelque autorité que sur eux elle ait prise,
Elle n’y règne pas, elle les tyrannise;
Et, quoique le dehors soit sans émotion,
Le dedans n’est que trouble et que sédition 2 :
Un je ne sais quel charme encor vers vous m’emporte;
Votre mérite est grand, si ma raison est forte :
Je le vois, encor tel qu’il alluma mes feux,
D’autant plus puissamment solliciter mes vœuxQu'il est environné de puissance et de gloire,
Qu’en tous lieux après vous il traîne la victoire,
Que j’en sais mieux le prix, et qu’il n’a point déçuLe généreux espoir que j’en avois conçu.
Mais ce même devoir qui le vainquit dans Rome 3 4 ,
1 On voit assez qu 'un peu de votre humeur tient du style comique.
(V)
2 Le dehors et le dedans ne sont pas du style noble. (V.)
3 On cherche à quoi se rapporte ce le, et on trouve que c’est àespoir : c’est donc le devoir qui a vaincu un espoir. Ces phrases ob-scures, ces expressions impropres et forcées ne seraient pas pardon-nées aujourd’hui dans de bons ouvrages, c’est-à-dire dans des ouvragesdignes de la critique. On a substitué me à le dans quelques éditions.
4 V.) — Ce le ne se rapporte point à espoir ; il se rapporte à ce charmequi entraînoît Pauline vers Sévère, à ce mérite qu’elle voit encore enlui, comme elle le voyoit lorsqu’elle pouvoit se flatter de l’obtenir pourépoux. (P.)