Buch 
Chefs-D'Œuvres dramatiques de P. Corneille : Avec les notes de tous les commentateurs
Entstehung
JPEG-Download
 

ACTE II, SCÈNE II. r.ir,

Et qui me range ici dessous les lois d’un homme.

Repousse encor si bien l’effort de tant d’appas,

Qu’il déchire mon ame et ne l’ébranle pas;

C’est cette vertu même, à nos désirs cruelle,

Que vous louiez alors en blasphémant contre elle 1 2 :Plaignez-vous-en encor ; mais louez sa rigueurQui triomphe à la fois de vous et de mon cœur.

Et voyez qu’un devoir moins ferme et moins sincère iN’auroit pas mérité l’amour du grand Sévère.

Ah I madame, excusez une aveugle douleurQui ne commît plus rien que l’excès du malheur :

Je nommois inconstance, et prcnois pour un crime,

De ce juste devoir l’effort le plus sublime.

De grâce, montrez moins à mes sens désolésLa grandeur de ma perte et ce que vous valez ;

Et cachant par pitié cette vertu si rare,

Qui redouble mes feux lorsqu'elle nous sépare,

Faites voir des défauts qui puissent à leur tour 3Atfoiblir ma douleur avecque mon amour.

PAULINE.

Hélas! cette vertu, quoique enfin invincible,

Ne laisse que trop voir une ame trop sensible.

Ces pleurs en sont témoins 4 , et ces lâches soupirs

1 Louiez, louer , blasphémer, termes qu’on eût dû corriger; carlouiez est désagréable à l’oreille : blasphémer n’est point convenable.Vous blasphémiez contre ma vertu; cela ne peut se dire ni en vers nien prose : une femme doit faire sentir qu’elle est vertueuse, et ne ja-mais dire ma vertu. "Voyez si Monime, dont Mithridate voulut fairesa concubine, et qui est attaquée par les deux enfants de ce prince,dit jamais ma vertu. (V.)

2 Un devoir ne peut être ni ferme , ni faible : c’est le cœur qui l’est.Mais le sens est si clair, que le sentiment ne peut être affaibli. (V.)

3 Des critiques sévères, mais justes, peuvent dire que cela est d’unegalanterie un peq comique. Madame , faites-moi' voir des défauts,afin que je vous aime moins. De plus, le seul défaut que Paulinemontre serait trop d’amour pour Sévère ; certainement il n'en aimeraitpas moins sa maîtresse. La pensée est donc fausse, recherchée, alam-biquée. (Y.)

4 Ils en sont la preuve. Sévère est témoin ; mais témoin peut signifierpreuve. (Y.)