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Chefs-D'Œuvres dramatiques de P. Corneille : Avec les notes de tous les commentateurs
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POLYEUCTE.

Je suis dans Mélilène, et, quel que soit Sévère,

Votre père y commande, et l’on m’y considère ;

Et je ne pense pas qu'on puisse avec raisonD’un cœur tel que le sien craindre une trahison :

On m’avoit assuré qu’il vous faisoit visite 1 ,

Et je venois lui rendre un honneur qu’il mérite.

PAULINE.

11 vient de me quitter assez triste et confus;

Mais j’ai gagné sur lui qu’il nts me verra plus.

POLYEUCTE.

Quoi! vous me soupçonnez déjà de quelque ombrage?

PA U UNE.

Je ferois à tous trois un trop sensible outrage 2 .

J’assure mon repos que troublent ses regards :

Ea vertu la plus ferme évite les hasards;

Qui s’expose au péril veut bien trouver sa perte;

Et, pour vous en parler avec une aine ouverte,

Depuis qu’un vrai mérite a pu nous enflammer,

Sa présence toujours a droit de nous charmer.

Outre qu’on doit rougir de s'en laisser surprendre,

On soulfre à résister, on souffre à s’en défendre ;

Et, bien que la vertu triomphe de ces feux,

T.a victoire est pénible, et le combat honteux.

1 Discours trop familier. Polyeucte, à la vérité, joue un rôle un peudésagréable, et n’intéresse encore en rien; revenir pour diro qu V/ n V .7pas mort, cela n’est pas tragique ; et il est bien étrange que Polyeucteait appris que Sévère faisait visite à sa femme avant d’avoir vu niPolyeucte ni hélix ; cela n'est ni décent ni vraisemblable; une telleconduite est révoltante dans un homme comme Sévère; Félix auraitdû aller au-devant de lui, ou Sévère aurait dû rendre visite à Félix,et demander du moins à voir Polyeucte. (V.j

2 Je ferois à tous trois un trop sensible outrage,

est admirable. Le reste n’aflaiblit'il pas ce beau vers? Pauline doit-elledire en face à son époux qne le vrai mérite de Sévère a dû l'enflammer,qu’il a droit de la charmer ? Quel mari ne serait pas très offensé de cediscours outrageant et très indécent? il répond à cette insulte : O rcr/ntrop parfaite ! Cette vertu aurait été bien [dus parfaite si elle n’avaitpas dit à son mari qu’il lui est pénible de résister à son amant. t.V.l— Nous pensons précisément le contraire. Vertu suppose combat etvictoire. ( P.)