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Chefs-D'Œuvres dramatiques de P. Corneille : Avec les notes de tous les commentateurs
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ACTE II, SCÈNE VI. 551

El mourir dans leur temple, où les y terrasser.

Allons, mon cher Néarque, allons aux yeux des hommes,Braver l’idolâtrie, et montrer qui nous sommes :

C’est l’attente du ciel, il nous la faut remplir;

Je viens de le promettre, et je vais l’accomplir.

Je rends grâces au Dieu que tu m’as fait connoîlreDe cette occasion qu’il a sitôt fait naître,

Où déjà sa bonté, prête à me couronner,

Daigne éprouver la foi qu’il vient de me donner.

NÉARQUE.

Ce zèle est trop ardent, souffrez qu’il se modère.

POLYEUCTE.

On n’en peut trop avoir pour le Dieu qu’on révère.

NÉARQUE.

Vous trouverez la mort.

POLYEUCTE.

Je la cherche pour lui.

NÉARQUE.

El si ce cœur s’ébranle ?

POLYEUCTE.

Il sera mon appui.

NÉARQUE.

Il ne commande point que Ton s’y précipite.

POLYEUCTE.

Plus elle est volontaire, et plus elle mérite.

aussi que le spectateur pardonne àPolyeucte son imprudence, commecelle d’un jeune homme pénétré d’un zélé ardent que le baptême for-tifie en lui : il n’examine pas si ce zèle est selon la science. Au théâtre,on se prête toujours aux sentiments naturels des personnages; on de-vient enthousiaste avec Polyeucte, inflexible avec Horace, tendre avecChimène, le dialogue est vif, et il entraîne. Il est vrai que les espritsphilosophes, dont le nombre est fort augmenté, méprisent beaucoupl’action de Polyeucte et de Néarque; ils ne regardent ce Néarque quecomme un convulsionnaire qui a ensorcelé un jeune imprudent. Maisle parterre entier ne sera jamais philosophe; les idées populaires se-ront toujours admises au théâtre. \ V.) — Le profond mépris que "Vol-taire témoigne pour les idées religieuses de Polyeucte, tout en conve-nant qu’au théâtre on doit toujours se prêter aux sentiments naturelsdes personnages, prouve qu’il étoit trop prévenu contre le sujet pourj uger sainement la pièce. ( P.)