ACTE III, SCÈNE V. 369
Ton ai de généreux qui n’oseroient agir :
J’en ai même de bas, et qui me font rougir.
J’aime ce malheureux que j’ai choisi.pour gendre,
Je hais l’aveugle erreur qui le vient de surprendre ;
Je déplore sa perte, et, le voulant sauver,
J’ai la gloire des dieux ensemble à conserver;
Je redoute leur foudre, et celui de Décie;
11 y va de ma charge, il y va de ma vie.
Ainsi tantôt pour lui je m’expose au trépas,
Et tantôt je le perds pour ne me perdre pas.
ALBIN.
Décie excusera l’amitié d’un beau-père ;
Et d’ailleurs Polyeucte est d’un sang qu’on révère.
FEUX.
A punir les chrétiens son ordre est rigoureux 1 ;
Et plus l’exemple est grand, plus il est dangereux :
On ne distingue point quand 1’ofï'euse est publique ;
Et lorsqu’on dissimule un crime domestique,
Par quelle autorité peut-on, par quelle loi,
Châtier en autrui ce qu’on souffre chez soi?
ALBIN.
Si vous n’osez avoir d’égard à sa personne,
Écrivez à Décie atiu qu’il en ordonne.
FEUX.
Sévère me perdroit, si j’en usois ainsi :
Sa haine et son pouvoir font mon plus grand souci.
Si j’avois différé de punir un tel crime,
Quoiqu’il soit généreux, quoiqu’il soit magnanime,
Il est homme, et sensible, et je l’ai dédaigné;
Et de tant de mépris son esprit indigné,
Que met au désespoir cet hymen de Pauline,
Du courroux de Décie obtieudroit ma ruine a .
Pour venger un affront tout semble être permis,
Et les occasions tentent les plus remis.
t Un ordre à 'punir est un solécisme. (V.)
2 Cette crainte n’est-elîe pas aussi frivole que celle où était Pau-line que son mari et son amant ne se querellassent au temple? Per-sonne ne craint pour Félix; il n’a rien à redouter en demandant l’ordrede l’empereur; il affecte une terreur qui paraît peu naturelle. (V.)
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