57G POLYEUCTE.
Vient-il à mon secours, vient-il à ma défaite * ?Apportez-vous ici la liaine, ou l’amitié ?
Comme mon ennemie, ou ma chère moitié?
PAULINE. I
Vous n’avez point ici d’ennemis que vous-même 1 2 ;
Seul vous vous haïssez lorsque chacun vous aime;
Seul vous exécutez tout ce que j’ai rêvé 3 :
Ne veuillez pas vous perdre, et vous êtes sauvé.
A quelque extrémité que votre crime passe,
Vous êtes innocent si vous vous faites grâce.
Daignez considérer le sang dont vous sortez,
Vos grandes actions, vos rares qualités ;
■Chéri de tout le peuple, estimé chez le prince,
Gendre du gouverneur de toute la province 4 ,
Je ne vous compte à rien le nom de mon époux;
C’est un bonheur pour moi qui n’est pas grand pour vousMais après vos exploits, après votre naissance,
Après votre pouvoir, voyez notre espérance 5 ;
Et n’abandonnez pas à la main d’un bourreauCe qu’à nos tristes vœux promet un sort si beau.
POLYEUCTE.
Je considère plus; je sais mes avantages,
Et l’espoir que sur eux forment les grands courages 6 :
Ils n’aspirent enfin qu’à des biens passagers,
1 Cela n’est pas français. (V.)
2 'Point est ici une faute contre la langue; il faut vous n'avez d’en-nemis que vous-même. (V.)
3 On a déjà dit que les mots rêver, songer, faire un rêve, un songe,ne sont pas du style de la tragédie. {Y.)
Ce toute gâte le vers, parcequ’il est à la fois inutile et empha-tique. (V.)
3 On ne peut dire après votre naissance, apres votre pouvoir, commeon dit après vos exploits. Voyez notre espérance est le contraire de cequ’elle entend ; car elle entend, Voyez la juste terreur qui nous reste,voyez où vous nous réduisez ; vous, d’une si grande naissance, vous quiavez tant de pouvoir ! [Y.)
6 L’espoir que les grands courages forment sur des avantages n’estpas une faute contre la syntaxe ; mais cela n’est pas bien écrit : la raisonen est qu’il ne faut pas un grand courage pour espérer une grande for-tune quand on est gendre du gouverneur de toute la province, etestimé chez 1 <s prince. (V.)