ACTE V, SCÈNE I. r,8T
Dans famé il liait Félix et dédaigne Pauline;
Et, s’il l’aima jadis, il estime aujourd’huiLes restes d’un rival trop indignes de lui ’.
Il parle en sa faveur, il me prie, il menace,
Et me perdra, dit-il, si je ne lui fais grâce;
Tranchant du généreux, il croit m’épouvanter :
L’artilice est trop lourd pour ne pas l’éventer.
Je sais des gens de cour quelle est la politique,
J’en connois mieux que lui la plus line pratique 1 2 .
C'est en vain qu’il tempête 3 et feint d’être en fureur :
Je vois ce qu’il prétend auprès de l'empereur.
De ce qu’il me demande il m’y feroit. un crime ;
Épargnant son rival, je serois sa victime ;
Et, s’il avoit affaire à quelque maladroit,
Le piège est bien tendu, sans doute il le perdroit 4 :
Mais un vieux courtisan est un peu moins crédule;
Il voit quand on le joue, et quand on dissimule;
Et moi j’en ai tant vu de toutes les façons,
Qu'à lui-même au besoin j’en ferois des leçons.
ALBIN.
Dieux ! que vous vous gênez par cette défiance !
• FÉLIX.
Pour subsister en cour c’est la haute science 5 .
Quand une fois un homme a droit de nous haïr,
Nous devons présumer qu’il cherche à nous trahir,
Toute son amitié nous doit être suspecte.
1 Les restes d’un rival , expression toujours déshonnête, et du dis-cours familier. (V.)
2 Tranchant du généreux . l'artifice est trop lourd . la plus
fine pratique; tout cela est bourgeois et comique. (V.)
3 Ce mot n'est que burlesque. (A r .)
4 Toute cette tirade, et ces expressions bourgeoises, j'en ai tant vude toutes les fiaçons f et j’en ferais des leçons au besoin , et s'il avaitaffaire à un maladroit, sont absolument mauvaises. Il faut savoiravouer les fautes, comme admirer les beautés. (Y.)
5 Pour subsister en cour est une expression bourgeoise. La hautescience pour subsister en cour n’est pas de faire couper le cou à songendre avant de demander l’ordre de l’empereur ; il faut des raisonsplus fortes. Le zèle de la religion suffisait, et pouvait fournir des chosessublimes. (V.)