423
ACTE I, SCÈNE I.
Oui, Pompée avec lui porte le sort du monde,
Et veut que notre Égypte, en miracles féconde,
Serve à sa liberté de sépulcre ou d'appui 1 ,
Et relève sa chute, ou trébuche sous lui.
C’est de quoi, mes amis, nous avons à résoudre ;
Il apporte en ces lieux les palmes ou la foudre :
S’il couronna le père, il hasarde le fils ;
Et, nous l’ayant donnée, il expose Memphis.
Il faut le recevoir ou hâter son supplice,
Le suivre, ou le pousser dedans le précipice.
L’un me semble peu sûr, l’autre peu généreux;
Et je crains d’être injuste, ou d’être malheureux.
Quoi que je fasse entin, la fortune ennemieM’offre bien des périls, ou beaucoup d’infamie :
C’est à moi de choisir, c’est à vous d’aviserA quel choix vos conseils doivent me disposer.
Il s’agit de Pompée, et nous aurons la gloireD’achever de César ou troubler la victoire 2 ;
Et je puis dire enfin que jamais potentatN’eut à délibérer d’un si grand coup d’État3.
PHOTIN.
Seigneur, quand par le fer les choses sont vidées 4 ,
La justice et le droit sont de vaines idées;
Et qui veut être juste en de telles saisonsBalance le pouvoir, et non pas les raisons s .
fut le premier qui fit connaître combien ce commencement est défec-tueux. *( V.j
1 Appui n’est pas l’opposé de sépulcre; mais c’est une très légèrefaute. (Y.)
S On peut dire également ici de troubler ou troubler; pareeque le derépété est désagréable. Mais troubler n’est pas le mot propre ; une vic-toire troublée n’a pas un sens assez déterminé, assez clair. (V.)
3 L’usage veut aujourd’hui que délibérer soit suivi de sur ; mais lede est aussi permis. On délibéra du sort de Jacques II dans le conseildu prince d’Orange : maisje crois que la règle est de pouvoir employerle de quand on spécifie les intérêts dont on parle. On délibère aujour-d’hui de la nécessité, ou sur la nécessité d’envoyer des secours en Alle-magne ; on délibère sur de grands intérêts, sur des points importants. (V.
* Les choses vidées n’est pas du style noble ; de plus, on vide unprocès, une querelle; on ne vide pas une chose. (Y.)
5 En de telles saisons est pour la rime. Balance le pouvoir, et non