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l’OMPÉE.
Voyez donc votre force ; et regardez Pompée,
Sa fortune abattue, et sa valeur trompée.
César n’est pas le seul qu’il fuie en cet État :
Il fuit et le reproche et les yeux du sénat,
Dont plus de la moitié piteusement étaleUne indigne curée aux vautours de Pharsale* ;
Il fuit Rome perdue, il fuit tous les Romains 2 ,
A qui par sa défaite il met les fers aux mains;
Il fuit le désespoir des peuples et des princesQui vengeroient sur lui le sang de leurs provinces,
Leurs États et d’argent et d’hommes épuisés,
Leurs trônes mis eu cendre, et leurs sceptres brisés :Auteur des maux de tous, il est à tous en butte,
Et fuit le monde entier écrasé sous sa chute : ’\
Le défendez-vous seul contre tant d’ennemis ?
L’espoir de son salut en lui seul étoit mis,
Lui seul pouvoit pour soi : cédez alors qu’il tombe.Soutiendrez-vous un faix sous qui Rome succombe,
Sous qui tout l’univers se trouve foudroyé 4 ,
Sous qui le grand Pompée a lui-méme ployé îQuand on veut soutenir ceux que le sort accable,
A force d’être juste on est souvent coupable;
Et la fidélité qu’on garde imprudemment,
Après un peu d’éclat, traîne un long châtiment,
pas les raisons; il veut dire, examine ce qu’il peut, et non pas ce qu’ildoit ; mais il ne l’exprime pas. On ne balance point le pouvoir ; cetteexpression est impropre et obscure, et c’est précisément les raisons po-litiques qu’on balance. (Y.i
1 Piteusement, curée, expressions basses en poésie. (V.)
2 Perdue n’est pas le mot propre ; on ne fuit pas ce qu’on a perdu.( Y.) — On fuit une ville qu’on a perdue en dérendant mal sa liberté,dont on s’étoit déclaré le protecteur ; on la fuit par un sentiment dehonte de l'avoir laissée en proie aux tyrans qu’on s’étoit flatté devaincre : et voilà ce que Rome se promettoit de l’appui de Pompée.
(l’-l
3 Comment peut-on fuir l’univers écrasé 1 comment et où fuir quandon est écrasé avec cet universi cette métaphore n’est pas plusjuste qu’unclimat qui prête l’épaule. (V.)
4 Un faix sous qui l’on se trouve foudroyé est encore une de cesfigures fausses, une de ces images incohérentes qu’on ne peut admettre :un faix ne foudroie pas. (V.)