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ACTE I, SCÈNE III.
Mais, voyant contre lui le sénat irrité,
Il fit agir Pompée et son autorité.
Ce dernier nous servit à sa seule prière,
Qui de leur amitié fut la preuve dernière :
Vous en savez l'effet, et vous en jouissez.
Mais pour un tel amant ce ne fut pas assez ;
Après avoir pour nous employé ce grand homme,
Qui nous gagna soudain toutes les voix de Rome,
Son amour en voulut seconder les efforts 1 ,
Et, nous ouvrant son cœur, nous ouvrit ses trésors 2 :Nous eûmes de ses feux, encore en leur naissance,
Et les nerfs de la guerre, et ceux de la puissance 3 ,Et les mille talents qui lui sont encor dusRemirent eu nos mains tous nos États perdus.
Le roi, qui s’en souvint à son heure fatale,
Me laissa comme à vous la dignité royale,
Et, par son testament, il vous fit cette loiPour me rendre une part de ce qu’il tint de moi.C’est ainsi qu’ignorant d’où vint ce bon office,
Vous appelez faveur ce qui n’est que justice,
Et l’osez accuser d’une aveugle amitié,
Quand du tout qu’il me doit il me rend la moitié.
PTOLOMÉE.
Certes, ma sœur, le conte est fait avec adresse.
1 Que veut dire en seconder les efforts ? est-ce aux efforts des voixde Rome que cet en se rapporte 1 sont-ce les efforts de l’amour de cegrand homme! cet en est également vicieux dans l’un et l’autre sens.(Y.) — Aucun de ces deux sens n’est celui de Corneille. Cet en serapporte évidemment à Pompée, dont César voulut seconder les effortsaprès que Pompée, à sa prière, eut employé son crédit en faveur de.Ptolomée et de Cléopâtre. Il faut avouer pourtant que Corneille auroitdû corriger avec plus de soin des négligences de style, qui se fontd’autant plus sentir qu’elles se trouvent mêlées à de très beaux versqu’il avoit imités de Lucain. (P.)
2 Ouvrir son cœur et ses trésors semble un jeu de mots. Tout ce quia l’air de pointe est l’opposé du style sérieux. (V.)
3 Nous eûmes de ses feux les nerfs de la guerre. Cette expressionn’est pas française : qu’est-ce qu’un nerf qu’on a d’un feu! L’idée estplus répréhensible que l’expression. Une femme ne se vante point ainsid’avoir un amant ; cela n’est permis que dans les rôles comiques. (V.)