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POMPÉE.
CLÉOPÂTRE.
César viendra bientôt, et j’en ai lettre expresse 1 ;Et peut-être aujourd’hui vos yeux seront témoinsDe ce que votre esprit s’imagine le moins.
Ce n’est pas sans sujet que je parlois en reine.
Je n’ai reçu de vous que mépris et que haine 2 ;Et, de ma part du sceptre indigne ravisseur 3 ,Vous m’avez plus traitée en esclave qu’en sœur;Même, pour éviter des effets plus sinistres,
Il m’a fallu flatter vos insolents ministres,
Dont j’ai craint jusqu’ici le fer ou le poison.
Mais Pompée ou César m’en va faire raison.
Et, quoi qu’avec Photin Achillas en ordonne,
Ou l’une ou l’autre main me rendra ma couronne.Cependant mon orgueil vous laisse à démêlerQuel étoit l’intérêt qui me faisoit parler *.
SCÈNE IV.
PTOLOMËE, PHOTIN.
PTOLOMÉE.
Que dites-vous, ami, de cette ame orgueilleuse?
1 Ces vers sont de la pure comédie. Cette scène eût été bien plusbelle si Cléopâtre n’eût fait parler que sa fierté et sa vertu, et si ellene se fût point vantée que César était amoureux d’elle. J’en ai lettreexpresse, style familier et bourgeois. (V.)
2 On ne dit point, je n’ai reçu que haine . On ne reçoit point haine ;c’est un barbarisme. ("V.) — On ne dit point, ye n’ai reçu que haine;mais l’irrégularité est sauvée par ce qui précède, Je n’ai reçu de vousque mépris . Le mot haine peut venir à la suite; au lieu qu’il eût étéchoquant, si, comme Voltaire le suppose dans sa remarque, il eût étéplacé immédiatement après reçu. On trouve dans nos meilleurs poètes,et dans Racine surtout, plusieurs exemples qui justifieroient notreobservation. ( P.)
3 Part du sceptre est hasardé, pareequ’on ne coupe poins un sceptreen deux. Mais cette figure, qui ne présente rien de louche et d’obscur,est très admissible. (V.)
* Elle ne le laisse point à démêler ; elle le fait entendre trop nette-ment. (V.)