450 POMPÉE.
Et dédaigne de voir le ciel qui le trahit *,
De peur que d’un coup d’œil contre une telle offenseH ne semble implorer son aide ou sa vengeance.
Aucun gémissement à son cœur échappé
Ne le montre, en mourant, digne d’être frappé î :
Immobile à leurs coups, en lui-même il rappelle sCe qu’eut de beau sa vie, et ce qu’on dira d’elle;
Et tient la trahison'que le roi leur prescritTrop au-dessous de lui pour y prêter l’esprit *.
1 J’ai vu autrefois admirer ce vers ; et depuis j’ai vu tous les con-naisseurs le condamner comme une exagération, comme un vain orne-ment, et même comme une pensée fausse. On peut dédaigner deregarder un ami perfide ; mais dédaigner de regarder le ciel, parcequ’onse suppose trahi par le ciel, cela est d’un capitan plutôt que d’unhéros. (V.)
2 N’est-ce pas là encore une fausse idée! Pourquoi Pompée aurait-il été digne d'être frappé , s’il eût gémi 1 et que veut dire digne d'êtrefrappé î Quelle enflure! quelle fausse grandeur! (V.)
3 II vaut mieux suivre, comme Homère, la nature jusque dans se»faiblesses, que de s’écarter d’elle trop loin, en cherchant un merveil-leux qui lui est contraire, comme Corneille, quand il dit que Pompée,dans le moment même qu’il est percé de coups par les assassins,
Immobile à leurs coups, en lui-même rappelle...
Le plus grand homme n’est point indifférent à un pareil moment ; ilne croit pas qu’il soit au-dessous de lui d’y penser. (L. Racine.) —Immobile n’a et ne peut avoir de régime ; car en toute langue, on n’estimmobile ni à quelque chose, ni en quelque chose. (V.) — Immobile àleurs coups nous paroît l’expression que le poète devoit choisir, par-ceque aucune autre ne peindroit mieux la situation et le couragetranquille de Pompée. Lorsque Racine, dans un seul vers, a fait direà Hermione :
Muet à mes soupirs, tranquille à mes alarmes,il ne consultoit que la passion et son génie, sans s’arrêter aux scru-pules de la grammaire. (P.)
V Quoi, Pompée ne daigne pas songer qu’on l’assassine ! quoi, il nedaigne pas prêter l’esprit à vingt coups de poignard qu’il reçoit! Iln’y a rien au monde de plus faux, de plus romanesque; et cette vertuqui augmente ainsi son lustre dans leur crime! Quelles peines l’au-teur se donne pour montrer de l’esprit faux, et pour s’expliquer enénigmes 1 (V.) — Cette pensée nous paroit en effet de l’exagération laplus outrée. Le génie de Corneille, monté à l’hyperbole par celui d»Lucain, passe évidemment fa mesure dans quelques parties de ce beaw