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Chefs-D'Œuvres dramatiques de P. Corneille : Avec les notes de tous les commentateurs
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ACTE II, SCÈNE II.

Sa vertu dans leur crime augmente ainsi son lustre;

Et son dernier soupir est un soupir illustreQui, de cette grande ame achevant les destins,

Étale tout Pompée aux yeux des assassins.

Sur les bords de l'esquif sa tête enfin penchée,

Par le traître Septime indignement tranchée,

Passe au bout d’une lance en la main d’Achiilas,

Ainsi qu’un grand trophée après de grands combats;

On descend, et pour comble à sa noire aventureOn donne à ce héros la mer pour sépulture,

Et le tronc sous les Ilots roule dorénavantAu gré de la fortune, et de l’onde, et du vent.

La triste Cornélie, à cet ali'reux spectacle,

Par de longs cris aigus tâche d’y mettre obstacle,

Défend ce cher époux de la voix et des yeux;

Puis, n’espérant plus rien, lève les mains aux deux ;

Et cédant tout à coup à la douleur plus forte,

Tombe, dans sa galère, évanouie ou morte.

Les siens en ce désastre, à force de ramer,

L’éloignent de la rive, et regagnent la mer.

Mais sa fuite est mal sûre : et l'infâme Septime,

Qui se voit dérober la moitié de son crime,

Afin do l’achever, prend six vaisseaux au port,

Et poursuit sur les eaux Pompée après sa mort.

Cependant Achillas porte au roi sa conquête :

Tout le peuple tremblant en détourne la tête ;

Un ellroi général offre à l'un sous ses pasDes abîmes ouverts pour venger ce trépas ;

récit : mais involontairement, et peut-être par le préjugé d’une vieillehabitude, nous avons peine à nous défendre d’un sentiment d’admira-tion pour cet autre vers que Voltaire condamne :

Et dédaigne de voir le ciel qui le trahit. (P.)

l Ce mot illustre ne peut convenir à un soupir ; de plus, un soupirn’est-il pas une espèce de gémissement! Acliorée vient de dire quePompée n’a poussé aucun gémissement; et comment un soupir peut-il Haler tout Pompée 1 Corneille a voulu traduire le seque probat mo-riens de Lucain ; il prouve en mourant qu'il est Pompée, Ce peu demots est vrai, simple, et noble; mais un soupir illustre n’est pas tolé-rable. (V.)