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Chefs-D'Œuvres dramatiques de P. Corneille : Avec les notes de tous les commentateurs
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ACTE III, SCÈNE I. 163

Et comme ne sachant que croire ou que résoudre 1 ,Immobile, et les yeux sur l’objet attachés,

Nous tient assez longtemps ses sentiments cachés;

Et je dirai, si j’ose en faire conjecture 1 2 3 ,

Que, par un mouvement commun à la nature,

Quelque maligne joie en son cœur s’élevoit,

Dont sa gloire indignée à peine le sauvoitAL’aise de voir la terre à son pouvoir soumiseChatouilloit malgré lui son ame avec surprise,

Et de celte douceur son esprit combattuAvec un peu d’effort rassurait sa vertu.

S’il aime sa grandeur, il liait la perfidie;

Il se juge en autrui, se tâte, s’étudie,

Examine en secret sa joie et ses douleurs,

Les balance, choisit, laisse couler des pleurs;

Et, forçant sa vertu d’être encore la maîtresse,

Se montre généreux par un trait de foiblesse :

Ensuite il fait ôter ce présent de ses yeux,

Lève les mains ensemble et les regards aux cieux,

Lâche deux ou trois mots contre cette insolence ;

Puis tout triste et pensif il s’osbline au silence,

Et même à ses Romains ne daigne repartirQue d’un regard farouche et d’un profond soupir.

Enfin ayant pris terre avec trente cohortes,

Il se saisit du port, il se saisit des portes,

Met des gardes partout et des ordres secrets \

Fait voir sa déiiance ainsi que ses regrets,

Parle d’Égypte en maître, et de son adversaire,

Non plus comme ennemi, mais comme son beau-père.

Voilà ce que j’ai vu.

CHARMION.

Voilà ce qu’atteudoit,

1 II doit savoir certainement que croire en voyant la tête de Pompée.

IV.)

2 Expression un peu triviale. (V.)

3 Quelle peinture, et quelle vérité ! que ces grands traits effacent defautes ! Rien n’est plus beau que cette tirade : elle fait voir en mêmetemps qu’il fallait.mettre ce récit intéressant dans la bouche d’un per-sonnage plus important qu’Achorée. (V.)

* Cela est impropre ; on met des gardes, et on donne des ordres. (Y.)