Buch 
Chefs-D'Œuvres dramatiques de P. Corneille : Avec les notes de tous les commentateurs
Entstehung
JPEG-Download
 

m POMPÉE.

Ce qu’au juste Osiris la reine demandent.

Je vais bien la ravir avec celte nouvelle 1 .

Vous, continuez-lui ce service fidèle.

ACHOREE.

Qu’elle n’en doute point. Mais César vient. Allez,Peignez-lui bien nos gens pâles et désolés;

Et moi, soit que l’issue en soit douce ou funeste,J’irai l’entretenir quand j’aurai vu le reste.

SCÈNE II.

CÉSAR, PTOLOMÉE, LÉPIDE, PIIOTIN, ACIIORÉE;

SOLDATS ROMAINS , SOLDAIS ÉGYPTIENS.

PTOLOMÉE.

Seigneur, montez au trône, et commandez ici.

CÉSAR.

Connoissez-vous César, de lui parler ainsi 2 ?

Que m’offriroit de pis la fortune ennemie,

A moi qui tiens le trône égal à l’infamie 3 !

1 Vers familier de comédie. La ravir avec une nouvelle î (V.)

2 Beaucoup de bons juges ont trouvé que César affecte ici un peu tropde rodomontade ; que la véritable grandeur est plus simple ; que lesRomains ne regardaient point le trône comme une infamie ; qu’ils avaientau contraire aboli chez eux le nom de roi comme trop dangereux àRome ; que les Romains n’avaient aucun mépris pour un roi d’Égypte ;que César joue un peu sur le mot ; que quand Ptolomée lui dit, montezau trône, il veut dire seulement, soyez ici le maître, et non pas,/<7tïes-vous couronner roi d’Egypte; qu enfin César répond à un complimenttrès raisonnable par des hauteurs qui sentent plus la vanité que la gran-deur. Ces critiques peuvent être fondées; mais peut-être est-il néces-saire d’enfler un peu la grandeur romaine sur le théâtre, comme on placedes figures colossales dans de vastes enceintes. Il est bien certain quequand Ptolomée dit à César, commandez ici, il ne lui dit pas, prenezle titre de roi d'Egypte, au lieu de celui à'imperalor, de consul , detriumvir : mais César veut humilier Ptolomée. Le spectateur estcharmé de voir ce roi abaissé et confondu, et les reproches sur la mortde Pompée sont admirables. ( V.)

3 Jamais on n'a tenu le trône égal à l’infamie : il n’y a là qu’unfaux air de grandeur, et tout faux air est puéril. César tenait si peu le