m POMPÉE.
11 nous le faut surprendre au milieu du festin,
Enivré des douceurs de l’amour et du vin *.
Tout le peuple est pour nous. Tantôt, à son entrée,
J’ai remarqué l’horreur que ce peuple a montréeLorsque avec tant de faste il a vu ses faisceauxMarcher arrogamment, et braver nos drapeaux :
Au spectacle insolent de ce pompeux outrageSes farouches regards étinceloient de rage :
Je voyois sa fureur à peine se dompter ;
Et, pour peu qu’on le pousse, il est prêt d’éclater :
Mais surtout les Romains que commandoit Septime,
Pressés de la terreur que sa mort leur imprime,
Ne cherchent qu’à venger par un coup généreuxLe mépris qu’en leur chef ce superbe a fait d’eux.
PTOLOMF.E.
Mais qui pourra de nous approcher sa personne,
Si durant le festin sa garde l’environne?
PIIOTIN-
Les gens de Cornélie 1 2 , entre qui vos RomainsOnt déjà reconnu des frères, des germains,
Dont l’âpre déplaisir leur a laissé paroîtreUne soif d’immoler leur tyran à leur maître :
Ils ont donné parole, et peuvent, mieux que nous,
Dans les flancs de César porter les premiers coups :
Son faux art de clémence, ou plutôt sa folie,
Qui pense gagner Rome en flattant Cornélie,
Leur donnera sans doute un assez libre accèsPour de ce grand dessein assurer le succès 3 4 .
Mais voici Cléopâtre : agissez avec feinte,
Seigneur, et ne montrez que foiblesse et que crainte *.
Nous allons vous quitter, comme objets odieux
1 De l’amour et du vin : ces expressions re sont permises que dansune chanson ; il faut chercher des tours qui ennoblissent ces idées : c’estlà le grand mérite de Racine. (V.)
2 Cette expression ne doit jamais entrer dans la tragédie. (V.)
3 Cette inversion est trop rude, et il n'est pas permis de mettre ainsiune préposition à côté de l’article de. Pour de lui me servir, et d’elleme défaire; cela n’est toléré tout au plus que dans le style plaisantqu’on appelle marotique. V.)
4 Ce conseil achève d’avilir le roi. V.)