POMPÉE. '
48 «
Que je viens ennoblir par celui de captif :
Heureux si mon esprit gagne tant sur le vôtreQu’il en estime l’un et me permette l’autre !
CLÉOPÂTRE,
Je sais ce que je dois au souverain bonheur
Dont me comble et m’accable un tel excès d’honneur >.
Je ne vous tiendrai plus mes liassions secrètes 2 :
Je sais ce que je suis; je sais ce que vous êtes.
Vous daignâtes m’aimer dès mes plus jeunes ans ;
I-e sceptre que je porte est un de vos présents;
Vous m’avez par deux fois rendu le diadème :
J’avoue, après cela, seigneur, que je vous aime,
Et que mon cœur n’est point à l’épreuve des traitsNi de tant de vertus, ni de tant de bienfaits.
.Mais, hélas! ce haut rang, cette illustre naissance,
Cet État de nouveau rangé sous ma puissance,
Ce sceptre par vos mains dans les miennes remis,
A mes vœux innocents sont autant d’eunemis,».
Ils allument contre eux une implacable haine;
Ils me font méprisable alors qu’ils me font reine;
Et si Rome est encor telle qu’auparavant,
Le trône où je me sieds m’abaisse en m’élevant 4 ;
Et ces marques d’honneur, comme titres infames,
Me rendent à jamais indigne de vos flammes.
J’ose encor toutefois, voyant votre pouvoir,
Permettre à mes désirs un généreux espoir,
Après tant de combats, je sais qu’un si grand hommeA droit de triompher des caprices de Rome,
Et que l’injuste horreur qu’elle eut toujours des roisPeut céder, par votre ordre, à de plus justes lois;
Je sais que vous pouvez forcer d’autres obstacles :
comédie ; et l’esprit de Cléopâtre, que César prie d’estimer le titre depremier du monde, et de permettre celui de captif, est une chose in-tolérable. (V.)
1 Elle doit à César, et non au souverain bonheur, cet excès d’hon-neur qui comble et accable. (V.)
2 On ne dit point ■passions au pluriel, pour signifier mon hmour. (V.)
3 Cela n’est pas français: on n’est pas ennemi à, mais ennemi de.
'* Elle veut dire, si .Rome persévère dans son horreur pour le trône ;mais telle qu'auparavant est trop prosaïque. (V.)