Buch 
Chefs-D'Œuvres dramatiques de P. Corneille : Avec les notes de tous les commentateurs
Entstehung
JPEG-Download
 

*88 POMPÉE.

<)iie venir, voir, et vaincre, est même chose en moi *.

CLÉOPATRF.

C’est trop, c’est trop, seigneur; souffrez que j’en abuse :Votre amour fait ma faute, il fera mon excuse.

Vous me rendez le sceptre, et peut-être le jour;

Mais, si j’ose abuser de cet excès d’amour,

Je vous conjure encor, par ces plus puissants charmes,

Par ce juste bonheur qui suit toujours vos armes,

Par tout ce que j’espère et que vous attendez,

De n’ensanglanter pas ce que vous me.rendez.

Faites grâce, seigneur; ou souffrez que j’en fasse,lit montre à tous par là que j’ai repris ma place -.

Achillas et Photin sont gens à dédaigner 3 ;

Ils sont assez punis en me voyant régner :

Et leur crime...

CÉSAR.

Ah ! prenez d’autres marques de reine :Dessus mes volontés vous êtes souveraine;

Mais, si mes sentiments peuvent être écoutés,

Choisissez des sujets dignes de vos bontés.

Ne vous donnez sur moi qu’un pouvoir légitime,

Et ne me rendez point complice de leur crime*.

t II faudrait pour moi : mais ce qui est bien plus à observer, c’estqu’on fait dire à César par un orgueil révoltant ce qu’il dit en effetpar modestie dans la guerre contre Pharnace. Veni , vidi, vici , ne signi-fiait que le peu de peine qu’il avait eue contre un ennemi presque sansdéfense. Voyez les Commentaires de César; jamais grand homme nefut plus modeste. La grandeur romaine, encore une fois , ne consistajamais dans de vaines paroles, dans des discours emphatiques; elle nefut jamais boursouflée : des actions fermes, et des paroles simples,voilà le vrai caractère des anciens Romains. Nous y avons été souventtrompés; on a pris plus d’une fois des discours de capitan pour desdiscours de héros. (Y.)

2 Jamais, dans la poésie, on ne doit employer par là, par ici , si cen’est dans le style comique. (V.)

3 Ce mot gens ne doit jamais entrer dans le style noble. On voit,pur le grand nombre de ces expressions vicieuses, combien l’art de lapoésie est difficile. (V.)

4 Je reconnais là le véritable César, et c’était sur ce ton qu’il devaittoujours parler. (V.)