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Chefs-D'Œuvres dramatiques de P. Corneille : Avec les notes de tous les commentateurs
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«<; pompée.

O cendres, mon espoir aussi bien que ma peine 1 ;

Et, pour m’aider un jour à perdre son vainqueur,

Versez dans tous les coeurs te que ressent mon coeur.

Toi qui l’as honoré sur cette infame riveD’une flamme pieuse autant comme chétive 2 ,

Dis-moi, quel bon démon a mis en ton pouvoirDe rendre à ce héros ce funèbre devoir?

PHILIPPE.

fout couvert de son sang, et plus mort que lui-mème,

Après avoir cent fois maudit le diadème,

Madame, j’ai porté mes pas et mes sanglotsDu côté que le vent poussoit encor les Ilots.

,1e cours longtemps en vain, mais enfin d’une rocheJ'en découvre le tronc vers un sable assez proche,

Où la vague en courroux sembloit prendre plaisirA feindre de le rendre, et puis s’en ressaisir.

Je m’y jette, et l’embrasse, et le pousse au rivage!

Et, ramassant sous lui le débris d'un naufrage,

Je lui dresse un bûcher à la hâte et sans art,

Tel que je pus sur l’heure, et qu’il plut au hasard.

A peine britloit—il, que le ciel plus propiceM’envoie un compagnon en ce pieux office :

ne parle que de faire tuer César ! Ce sont des nuances délicates que lesconnaisseurs aperçoivent, sans en approuver moins la force et la fiertédu pinceau de l’auteur. (V.)

1 C’est la répétition de ce vers, objet terrible et tendre; mais aussibien que ma peine affaiblit encore cette répétition, et des cendres quiversent ce qu’un cœur ressent ne sont pas une image naturelle. \Y.)

- Cela n’est ni français, ni noble; on ne dit point autant comme,mais autant que. Ce mot de chétive a été heureusement employé ausecond acte ; dans quelque urne chétive en ramasser la cendre. Lemême terme peut faire un bon et un mauvais effet, selon la place où ilest. Une urne chétive qui contient la cendre du grand Pompée pré-sente à l’esprit un contraste attendrissant ; mais une llamme n’est pointchétive. Ces deux vers que Philippe met dans la bouche de César :

Restes d’un demi-dieu dont à peine je puisÉgaler le grand nom, tout vainqueur que j’en suis,

sont d’un sublime si touchant, qu’on dit avec raison que Corneille, dansses bonnes pièces, faisait quelquefois parler les Romains mieux qu’ilsne parlaient eux-mêmes. (Y.}