ACTE V, SCÈNE V. 5 H
tué en punition de son crime : mais il ne l’est que parceque César, àqui ce prince perfide veut faire éprouver le sort de Pompée, se trouveheureusement le plus fort, et triomphe de l’armée égyptienne. Cetteconspiration contre César, et le péril qu’il court, forment donc uneseconde action, moins intéressante que la première; car on sait quelséloges unanimes les connoisseurs ont donnés à la scène d’exposition,qui montre Ptolomée délibérant avec scs ministres sur l'accueil qu’ildoit faire à Pompée, vaincu à Pharsale, et cherchant un asile enEgypte. On ne peut pas commencer une tragédie d’une manière plusimposante à la fois et plus attachante; et, quoique l’exécution en soitsouvent gâtée par l’enflure et la déclamation, cette ouverture de pièce,en ne la considérant que par son objet, passe avec raison pour un mo-dèle. Des scènes d’une galanterie froide, et quelquefois indécente, entreCésar et Cléopâtre, ne sont qu’un remplissage vicieux qui achève defaire de cette pièce un ouvrage très irrégulier, composé de parties inco-hérentes. Les caractères ne sont pas moins répréhensibles. Le roi Pto-lomée, qui supplie sa sœur Cléopâtre d’employer son crédit auprès deCésar pour en obtenir la grâce de Photin, est entièrement avili; etquand Âchorée dit, en parlant de sa contenance devant Ccsar :
Toutes scs actions ont senti la bassesse :
J’en ai rougi moi-môme, et me suis plaint à moi
De voir là Ptolomée, et n’y point voir de roi ;
il fait en très beaux vers la critique de ce caractère. César, qui n’avaincu à Pharsale que pour Cléopâtre , et qui n’est venu en Egypteque pour elle , est encore plus sensiblement dégradé, parceque c’est undes personnages dont le nom seul annonce la grandeur. Cléopâtre, quiparle d’amour et de mariage, en style de comédie, à César, qui estmarié, joue un rôle indigne d’une princesse. Cependant la pièce estrestée au théâtre malgré tous ses défauts, et s’y soutient par une deces ressources qui appartiennent au génie de Corneille, par le seul rôlede Cornélie. Il offre un mélange de noblesse et de douleur, de sublimeet de pathétique, qui fait revivre en elle tout l’intérêt attaché à ce seulnom de Pompée. Il ne parott point dans la pièce ; mais il semble queson ombre la remplisse et l’anime. L’urne qui contient ses cendres, etqu’apporte à sa veuve un Romain obscur qui a rendu les derniers de-voirs aux restes d’un héros malheureux ; l’expression touchante des re-grets de Cornélie, et les serments qu’elle fait de venger son époux, lesregrets même de César, qui ne peut refuser des larmes au sort de sonennemi, répandent de temps en temps sur cette pièce une sorte de deuilmajestueux qui convient à la tragédie. La scène où Cornélie vientavertir César des complots formés contre sa vie par Ptolomée et Photinest encore une de ces hautes conceptions qui caractérisent le grandCorneille, et rappellent l’auteur des Horaces et de Cinna. (La H.)
FIN DU CINQUIÈME ACTE.