r> iO POMPÉE.
Par des cris redoublés demande à voir sa reine i,
Et, tout impatient, déjà se plaint aux cieuxQu’on lui donne trop tard un bien si précieux.
CÉSAR.
Ne lui refusons plus le bonheur qu’il desire :
Princesse, allons par là commencer votre empire.
Fasse le juste ciel, propice à mes désirs,
Que ces longs cris de joie étouffent vos soupirs,
Et puissent ne laisser dedans votre penséeQue l’image des traits dont mon ame est blessée 2?Cependant qu’à l'envi ma suite et votre courPréparent pour demain la pompe d’un beau jour,
Où. dans un digne emploi l’une et l’autre occupée,Couronne Cléopâtre et m’apaise Pompée,
Élève à l’une un trône, à l'autre des autels,
Et jure à tous les deux des respects immortels 5 .
î II importe peu que le peuple soit ou non dans la cour pour voirCléopâtre. La pièce s’appelle Pompée; les assassins sont punis: tousles compliments de César et de Cléopâtre sont peut-être plus inutiles•que le dernier discours deCornélie, dans lequel du moins il y a tou-jours de la grandeur. Cette dernière scène est la plus froide de toutes ;<’t dans une. tragédie, elle doit être, s’il se peut, la plus touchante.Mais Pompée n’est .point une véritable tragédie: c’est une tentativeque fit Corneille pour mettre sur la scène des morceaux excellents, quine faisaient point un tout ; c’est un ouvrage d’un genre unique, qu’il nefaudrait pas imiter, et que son génie, animé par la grandeur romaine,pouvait seul faire réussir. Telle est la force de ce génie, que cettepièce l’emporte, encore sur mille pièces régulières, que leur froideur afait oublier. Trente beaux vers de Corneille valent beaucoup mieuxqu’une pièce médiocre. (V.)
2 Voilà de ces métaphores qui 11e paraissent pas naturelles. Commentpeut-on avoir dans sa pensée l’image d’un trait qui a blessé une ame 1Ces figures forcées expriment toujours mal le sentiment. César veutdire : Puissiez-vous ne tous occuper que de mon amour ! Il pouvait yajouter encore : De sa gloire. Ces sentiments doivent être toujoursexprimés noblement, mais jamais d’une manière recherchée. (V.j
3 La première question qui se présente sur la tragédie qui a pourtitre Pompée, c’est de savoir quel en est le sujet. Ce ne peut être lamort de Pompée, quoique depuis longtemps on se soit accoutumé àl’afficher sous ce titre très improprement; car Pompée est assassiné aucommencement du second acte. Ce pourroit être la vengeance de cettemort, si Ptolomée, qui périt dans un combat à la fin de la pièce, étoit