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Chefs-D'Œuvres dramatiques de P. Corneille : Avec les notes de tous les commentateurs
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SHi EXAMEN' DE POMPÉE.

quelle ne séloil attachée quà la liante puissance dAntoine,et non pas à sa personne.

Pour le stvle, il est plus élevé en ce poème quen aucundes ruions *, et ce sont, sans contredit, les vers les plus pom-

t II est important de faire ici quelques réflexions sur le style de latragédie. On a accusé Corneille de se méprendre un peu à cette pompede vers et à cette prédilection quil témoigne pour le style de Lucain :il faut (lue cette pompe naille jamais jusqu'à l'enflure et à lexagéra-tion : on n'estime point dans Lucain Bella per Æmal.hios jilus quantcivilia campos : on estime Nil actum reputans, si quid supnressc/agendum. De même, les connaisseurs ont toujours condamné dansPompée. : Les fleuves rendus rapides par le débordement des parri-cides , et tout ce qui est dans ce goût ; mais ils ont admiré,

O ciel', que de vertus vous me faites hairî

Restes dun demi-dieu, dont à peine je puis

Égaler le grand nom, toqt vainqueur que jen suis.

Voilà le véritable style de la tragédie : il doit être toujours dune sim-plicité noble, qui convient aux personnes du premier rang; jamais riendampoulé ni de bas, jamais d'affectation ni dobscurité. La pureté dulangage doit être rigoureusement observée ; tous les vers doivent êtreharmonieux, sans que cette harmonie dérobe rien à la force des senti-ments. Il ne faut pas que les vers marchent toujours de deux en deux,mais que tantôt une pensée soit exprimée en un vers, tantôt en deux outrois, quelquefois dans un seul hémistiche; on peut étendre une imagedans une phrase de cinq ou six vers, ensuite on renfermer une autre dansun ou deux. Il faut souvent finir un sens par une rime, et commencerun autre sens par la rime correspondante. Ce sont toutes ces règles,très difficiles à observer, qui donnent aux vers la grâce, lénergie, lhar-monie, dont la prose ne peut jamais approcher. Cest ce qui fait quonretient par cœur, même malgré soi, les beaux vers. Il y en a beaucoupde cette espèce dans les belles tragédies de Corneille. Le lecteur judi-cieux fait aisément la comparaison de ces vers harmonieux, naturelset énergiques, avec ceux qui ont les défauts contraires ; et c'est par cettecomparaison que le goût des jeunes gens pourra se former aisément. Cegoût juste est bien plus rare quon ne pense : peu de personnes saventbien leur langue ; peu distinguent au théâtre lenflure de la dignité ; peudémêlent les convenances. On a applaudi pendant plusieurs années àdes pensées fausses et révoltantes : on battait des mains lorsque Ban nprononçait ce vers :

Ii est, comme à la vie, un terme à la vertu.

On sest récrié quelquefois d'admiration à des maximes non moins