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Chefs-D'Œuvres dramatiques de P. Corneille : Avec les notes de tous les commentateurs
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19

ACTE I, SCÈNE V.

ALCIPPE.

Vous?

DORANTE.

Moi-même.

ALCIPPE.

Et déjà vous avez fait maîtresse ?

DORANTE.

Si je n’en avois fait, j’aurois bien peu d’adresse,Moi qui depuis un mois suis ici de retour.

Il est vrai que je sors fort peu souvent de jour;

De nuit, incognito , je rends quelques visites;Ainsi...

CLITON, à Dorante, à l’oreille.

Vous ne savez, monsieur, ce que vous dites.

DORANTE.

Tais-toi; si jamais plus tu me viens avertir...

CLITON.

l’enrage de me taire et d’entendre mentir !

PHILISTE, à Alcippe.

Voyez qu’heureusement dedans eette rencontreVotre rival lui-même à vous-même se montre.

DORANTE, revenant à eux.

Comme à mes chers amis je vous veux tout conter.

J’avois pris cinq bateaux pour mieux tout ajuster;Les quatre contenoienl quatre chœurs de musique,Capables de charmer le plus mélancolique.

Au premier, violons; en l’autre, luths et voix;

Des flûtes, au troisième ; au dernier, des hautbois,Qui tour à tour dans l’air poussoient des harmonies 1Dont on pouvoit nommer les douceurs infinies.

Le cinquième étoit grand, tapissé tout exprèsDe rameaux enlacés pour conserver le frais,

1 Quoique ce substantif harmonie n’admette point de pluriel, nonplus que mélodie-, musique, physique, et presque tous les noms dessciences et des arts, cependant j’ose croire que, dans cette occasion,ces harmonies ne sont point une faute, pareeque ce sont des concertsdifférents. On peut dire, les mélodies de Lully et de Rameau sont dif-férentes : de plus, le Menteur s’égaie dans son récit : et pousser desharmonies est assez plaisant pour un menteur, qui est supposé chercherà tout moment ses phrases. (V.)