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LE MENTEUR.
Je vous ai dit son bien, son âge, et sa famille,
Mais, monsieur, ce seroit pour me bien divertir,
Si comme vous Lucrèce excelloit à mentir.
Le divertissement seroit rare, ou je meure;Etjevoudrois qu’elle eût ce talent pour une heure;Qu’elle pût un moment vous piper en votre art,Rendre conte pour conte, et martre pour renard :IVun et d’autre côté j’en entendrois de bonnes.
DOUANTE.
Le ciel fait cette grâce à fort peu de personnes :
Il y faut promptitude, esprit, mémoire, soins,
Ne se brouiller jamais, et rougir encor moins.
Mais la fenêtre s’ouvre, approchons.
SCÈNE Y 1 .
CLARICE, LUCRÈCE, ISABELLE, à la fenêtre ; DORANTE,CLITON, en bas.
C LARICE , à Isabelle.
Isabelle,
Durant notre entretien demeure en sentinelle.
ISABELLE.
Lorsque votre vieillard sera prêt à sortir,
Je ne manquerai pas de vous en avertir.
{Isabelle descend de la fenêtre, et ne se montre plus.]LUCRÈCE, à Clarice.
Il conte assez au long ton histoire à mon père.
Mais parle sous mon nom, c’est à moi de me taire.
CLARICE.
Êtes-vous là, Dorante?
l Cette scène est tout espagnole : c’est un simple jeu de deuxfemmes, une simple méprise de Dorante, dont il ne résulte rien d’in-téressant ni de plaisant, rien qui déploie les caractères; et c’est pro-bablement la raison pour laquelle le Menteur n’est plus si goûtéqu’autrefois. (Y.) — La remarque de Voltaire est très juste; mais leMenteur est toujours goûté, pareeque, malgré ses défauts, c’est unede nos plus agréables comédies. (V.)