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LE MENTEUR.
Plus indigne d’un homme élevé pour la gloire?
Est-il quelque foiblesse, est-il quelque actionDont un cœur vraiment noble ait plus d’aversion,
Puisqu’un seul démenti lui porte une infamieQu’il ne peut effacer s’il n’expose sa vie,
Et si dedans le sang il ne lave l’affront
Qu’un si honteux outrage imprime sur sou front?
DOSANTE.
Qui vous dit que je mens?
GÉRONTE.
Qui me le dit, infame?
Dis-moi, si tu le peux,, dis le nom de ta femme.
Le conte qu’hier au soir tu rn’en fis publier...
CLITON, à-Dorante.
Dites que le sommeil vous l’a fait oublier.
GÉRONTE.
Ajoute, ajoute encore avec effronterieLe nom de ton beau-père et de sa seigneurie ;
Invente à m’éblouir quelques nouveaux détours.
CLITON, à Dorante.
Appelez la mémoire ou l’esprit au secours.
GÉRONTE.
De quel front cependant faut-il que je confesseQue ton effronterie a surpris ma vieillesse,
Qu’un homme de mon âge a cru légèrementCe qu’un homme du tien débite impudemment?
Tu me fais donc servir de fable et de risée,.
Passer pour esprit foible, et pour cervelle usée !
Mais, dis-moi, te portois-je à la gorge un poignard?Vojois-tu violence ou courroux de ma part ?
Si quelque aversion t’éloignoit deClarice,
Quel besoin avois-tu d’un si lâche artifice?
Et pouvois-tu douter que mon consentementNe dût tout accorder à ton contentement,
Puisque mon indulgence, au dernier point venue,Consentait 1 à tes yeux l’hymen d’une inconnue?
1 Consentir est un verbe neutre qui régit le datif, c’est-à-dire notrepréposition à, qui sert de datif. On ne dit pas consentir quelque chose,mais à quelque chose. Dans quelques éditions, on a substitué approu-vait à consentait. (V.)