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Chefs-D'Œuvres dramatiques de P. Corneille : Avec les notes de tous les commentateurs
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ACTE V, SCÈNE VII.

SABINE, à Dorante, comm e rentre.

Si vous vous mariez, il ne pleuvra plus guères.

DORANTE.

Je changerai pour toi cette pluie en rivières 1 .

SABINE.

Vous n'aurez pas loisir seulement d’y penser.

Mon métier ne vaut rien quand on s’en peut passer.

CLITON-, seul..

Comme en sa propre fourbe un menteur s’embarrasse.’

Peu sauroient comme lui s’en tirer avec grâce.

Vous autres qui doutiez s’il en pourroit sortir,

Par un si rare exemple apprenez à mentir 2 .

1 Plaisanterie bien recherchée. Un défaut de cette pièce est la répé-

tition des façons et des gaietés d’une soubrette à qui l’on fait quelquespetits présents. (Y.} %

2 C’est ici une plaisanterie de valet; mais elleparaît déplacée. On at-tend la morale de la pièce, qui est toute contraire au propos de Cliton*.Goldoni ne manque jamais à ce devoir; tous ses dénouements sontaccompagnés d’une courte leçon de vertu : chez lui, le Menteur estpuni, et il doit l’être; il en a fait un malhonnête homme, odieux etméprisable. Le Menteur, dans le poète espagnol et dans la copie faitepar Corneille, n’est qu’un étourdi. Il y a peut-être plus d’intérêt dansl’italien, en. ce que tous les mensonges du Bugiardo servent à ruinerles espérances d’un, honnête homme discret, timide et fidèle. (V.) —La comédie du Menteur , qui précéda de vingt ans celles de Molière,fut empruntée des Espagnols, comme le Cid : ainsi nous devons àd’heureuses imitations, embellies par la muse de Corneille, la premièretragédie touchante, et la première comédie de caractère que l’on aitvues sur notre théâtre; et l’auteur fut, dans l’une et dans l’autre, éga-lement supérieur à tous ses contemporains. C’est dans le Menteurqu’on entendit pour la première fois sur la scène la conversation deshonnêtes gens. On n’avoit eu jusque-là que des farces grossières, tellesque les Jodelets de Scarron, et de mauvais romans dialogues. L’intriguedu Menteur est foible-, et ne roule que sur une méprise de nom quin’amène pas des situations fort comiques. Mais la facilité et l’agrémentdes mensonges de Dorante, et la scène entre son père et lui, où lepoète a su être éloquent sans sortir du ton de la comédie, font toujoursrevoir cette pièce avec plaisir. (La. H.)

* La morale de la pièce est dans la belle scène du père et du fils; elle seroitdéplacée dans, la bouche de Cliton. (P.)

FIN DU CINQUIÈME ACTE.