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Chefs-D'Œuvres dramatiques de P. Corneille : Avec les notes de tous les commentateurs
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RODOGÜNE

ACTE PREMIER.

SCÈNE I.

LAONICE, TIMAGÈNE.

LAONICE.

Eulin ce jour pompeux, cet heureux jour nous luit,

Qui d’un trouble si long doit dissiper la nuit 1 2 ;

Ce grand jour où l’hymen, étouffant la vengeance,

Entre le Parthe et nous remet l’intelligence,

Affranchit sa princesse, et nous fait pour jamaisDu motif de la guerre un lien de la paix ;

Ce grand jour est venu, mon frère, où notre reine,

Cessant de plus tenir la couronne incertaine,

Doit rompre aux yeux de tous son silence obstiné -,

1 A ce magnifique début, qui annonce la réunion entre la Perse etla Syrie, et la nomination d’un roi, etc., on croirait que ce sont desprinces qui parlent de ces grands intérêts (quoiqu’un prince ne diseguère qu’un jour est pompeux) : ce sont malheureusement, deux subal-ternes qui ouvrent la pièce. Corneille, dans son examen, dit qu’on luireprocha cette faute : il était presque le seul qui eut appris aux Fran-çais à juger; avant lui, on n’était pas difficile. Il n’y a guère de con-naisseurs quand il n’y a point de modèles. Les défauts de cette expo-sition sont: lo qu’on ne sait point qui parle; 2 o qu’on ne sait pointde qui l’on parle ; 3o qu’on ne sait point où l’on parle. Les premiersvers doivent mettre le spectateur au fait, autant qu’il est possible. (V.)

2 Quelle reine î elle n’est pas nommée dans cette scène. On ne ditpoint que l’on soit en Syrie : et il faudrait le dire d’abord. (T.) — Cor-neille en donne une raison dans l’argument qui précède la pièce. Ilcraignit que l’on ne confondît la Cléopâtre de Syrie avec celle d’Égypte,beaucoup plus célèbre. Cette excuse ne couvre pas le défaut ; uneexposition plus claire et plus soignée n’eût permis aucune méprise.

(P.)