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Chefs-D'Œuvres dramatiques de P. Corneille : Avec les notes de tous les commentateurs
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RODOGUNE.

Lui cédant de deux biens le plus brillant aux yeux,

M’assurer de celui qui m’est plus précieux 1 :

Heureux si, sans attendre un fâcheux droit d’aînesse,

Pour un trône incertain j’en obtiens la princesse *,

Et puis par ce partage épargner les soupirs 3Qui naîtroient de ma peine ou de ses déplaisirs 4

Va le voir de ma part, Timagène, et lui direQue pour cette beauté je lui cède l’empire 5 ;

Mais porte-lui si haut la douceur de régner 6 ,

Qu’à cet éclat du trône il se laisse gagner 7 ;

Qu’il s’en laisse éblouir jusqu’à ne pas connoîtreA quel prix je consens de l’accepter pour maître.

(Timagène s’en va, et le prince continue à parler à Laonice.)

Et vous, en ma faveur, voyez ce cher objet 8 ,

t On est étonné d’abord qu’un prince cède un trône pour avoir unefemme. Cette seule idée fit tomber Pertharite , qui redemandait sapropre épouse, et dont la vertu pouvait excuser cette faiblesse. Mais,dans Pertharite, cette cession est la catastrophe : ici elle commencela pièce. Antiochus est déterminé par son amitié pour son frère Se-leucus, ainsi que par son amour pour Rodogune. Ce qui déplaît dansPertharite ne déplaît pas ici. Tout dépend des circonstances où l’au-teur sait mettre ses personnages. Peut-être eût-il fallu qu’ Antiochuseût paru éperdument amoureux, et qu’on s’intéressât déjà à sa pas-sion, pour qu’on excusât davantage ce début par lequel il renonce autrône. (V.)

2 Le mot propre, au dernier hémistiche du premier vers, est incer-tain ; car ce droit d’aînesse n’est point fâcheux pour celui qui aura letrône et Rodogune : fâcheux , d’ailleurs, n’est pas noble. (Y.)

8 II faut absolument Et si je puis épargner des soupirs : on dit bienje vous épargne des soupirs : mais on ne peut dire j'épargne des sou-pirs, comme on dit j'épargne de l'argent. (V.)

4 Cela veut dire de ma peine ou de sa peine. Les déplaisirs et lapeine ne sont pas des expressions assez fortes pour la perte d’untrône. (V.)

5 Pour cette beauté, termes de comédie, et qui jettent une espèce deridicule sur cette ambassade : Va lui dire que je lui cède l'empire pourune beauté. (V.)

6 On ne porte point haut une douceur ; cela est impropre, négligé,et peu français. Racine dit : OEnone, fais briller la couronne à sesyeux: c’est ainsi qu’il faut s’exprimer. (V.)

7 Qu'il se laisse éblouir est le mot propre ; mais se laisser gagner àun éclat affaiblit cette belle idée. ( V.j

8 Ce cher objet n’est-il pas un peu du style de l’idylleî le ton de la