m RODOGUNE;
Avec juste raison je crains qu'eulre nous deuxL’égalité rompue en rompe les doux nœuds,
Et que ce jour fatal à l’heur de notre vieJette sur l’un de nous trop de honte ou d’envie
ANTIOCHUS.
Comme nous n’avons eu jamais qu’un sentiment,Cette peur me touchoit, mon frère, également;Mais, si vous le voulez, j’en sais bien le remède 1 2 3 .
SELEUCUS.
Si je le veux! bien plus, je l’apporte et vous cèdeTout ce que la couronne a de charmant en soi s.Oui, seigneur, car je parle à présent à mon roi,Pour le trône cédé, cédez-moi Rodogune,
Et je n’envierai point voire haute fortune.
Ainsi notre destin n’aura rien de honteux,
Ainsi notre bonheur n’aura rien de douteux;
Et nous mépriserons ce foible droit d’aînesse,Vous, satisfait du trône, et moi, de la princesse.
ANTIOCHUS. .
Hélas!
SELEUCUS.
Recevez-vous l’offre avec déplaisir?
ANTIOCHUS.
Pouvez-vous nommer offre une ardeur de choisir,Qui, de la même main qui me cède un empire,M’arrache un bien plus grand, et le seul où j’aspire?
SELEUCUS.
Rodogune?
1 Pourquoi trop de honte ? y a-t-i! de la honte à n’être pas l’aîné 1et, s’il est honteux de ne pas régner, pourquoi céder le trône si vite ’
(V.)
2 Ge vers est de la haute comédie. On a déjà dit que cet usage duratrop longtemps. (V.)
U II paraît singulier que Séleucus ait précisément la même idée queson frère. Il y a beaucoup d’art à les représenter unis de l’amitié laplus tendre ; n’y en a-t-il point un peu trop à leur faire naître en mêmetemps une idée si contraire au caractère de tous les princes! cela est-ilbien naturel! peut-être que non. Cependant les deux frères intéressent :pourquoi! parcequ’ils s’aiment ; et le spectateur voit déjà dans quel em-barras ils vont se précipiter l’un et l’autre. (V.)