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RODOGUNE.
ANTIOCHUS.
Que ne ferois-je point contre un autre qu’un frère !
SÉLEUCUS.
O mon cher frère ! ô nom pour un rival trop doux 1 !
Que ne'ferois-je point contre un autre que vous !
ANTIOCHUS.
Où nous vas-tu réduire, amitié fraternelle ?
SÉLEUCUS.
Amour, qui doit ici vaincre de vous ou d’elle 2 ?
ANTIOCHUS.
L’amour, l’amour doit vaincre 3 , et la triste amitiéNe doit être à tous deux qu’un objet de pitié.
Un grand cœur cède un trône, et le cède avec gloire :
Cet effort de vertu couronne sa mémoire ;
Mais lorsqu’un digne objet a pu nous enflammer,
Qui le cède est un lâche, et ne sait pas aimer ‘.
1 Ceci répare tout d’un coup ce que leur proposition semble avoir detrop avilissant et de trop concerté ; mais ces répétitions par écho, quene ferois-je point contre un autre , sont-elles assez nobles, assez tra-giques, et d’un assez bon goût"? {Y.)
2 Cette apostrophe à l’amour est-elle digne de la tragédie’ (Y.)
‘J Cette réponse ne sent-elle pas un peu plus l’idyile que la tragédie!Remarquez que Racine, qui a tant traité l’amour, n’a jamais dit :l'amour doit vaincre. Il n’y a pas une maxime pareille, même dansBérénice. En général, ces maximes ne touchent jamais. Tous ceux quiont dit que Racine sacrifiait tout à l’amour, et que les héros de Cor-neille étaient toujours supérieurs à cette passion, n’avaient pas examinéces deux auteurs. Il est très commun de lire, et très rare de lire avecfruit. (Y.)
t* Cette maxime n’est-elie pas encore plus convenable à un bergerqu’à un prince! Qui cède sa maîtresse est un lâche, et ne sait pasaimer; et qui cède un trône est un grand cœur. Avouons que dansCyrus ni dans Clélie on ne trouve point de sentences amoureuses d’unesemblable afféterie. Louis Racine, fils de l’immortel Jean Racine,s'élève avec force contre ces idées, dans son Traité de la Poésie ,page 355, et ajoute: » La femme qui mérite ce grand sacrifice esta cependant une femme très peu estimable ; et l’on peut remarquer que,a dans les tragédies de Corneille, toutes ces femmes adorées par leurs‘< amants sont, par les qualités de leur ame, des femmes très com-« munes; ce n’est que par la_beauté que Cléopâtre captive César, et« qu’Emilie a tout empire sur Cinna. » Cet auteur judicieux en exceptesans doute Pauline, qui immole si noblement son amour à son devoir.