126
RODOGUNE.
Sur nous à main armée il fond en diligence 1,
Nous surprend, nous assiège, et fait un tel effort,
Que la ville aux abois, on lui parle d’accord,
Il veut fermer l’oreille, enllé de l’avantage 1 2 ;
Mais voyant,parmi nous Rodogune en otage,
Enfin il craint pour elle et nous daigne ccouter;
Et c’est ce qu’aujourd’hui l’on doit exécuter 3 .
La rêine de l’Égypte a rappelé nos princesPour remettre à l’aîné son trône et ses provinces.
Rodogune a paru, sortant de sa prison,
Comme un soleil levant dessus notre horizon.
Le Parthe a décampé 4 , pressé par d’autres guerresContre l’Arménien qui ravage ses terres;
D’un ennemi cruel il s’est fait notre appui 5 ;
La paix finit la haine 6 , et, pour comble aujourd’hui,
Dois-je dire de bonne on mauvaise fortune ?
Nos deux princes tous deux adorent Rodogune.
TIMAGÈNE.
Sitôt qu’ils ont paru tous deux en celte cour,
Ils ont vu Rodogune, et j’ai vu leur amour;
Mais connue étant rivaux nous les trouvons à plaindre,Conuoissant leur vertu je n’en vois rien à craindre.
Pour vous qui gouvernez cet objet de leurs vœux...
LA0N1CE.
Je n’ai point encor vu qu’elle aime aucun des deux.
TIMAGÈNE.
Vous ine trouvez mal propre à cette confidence 7 ;
1 Expression trop commune. (V.)
2 Ce mot indéfini de l’avantage ne peut être admis ici ; il faut de cetavantage , ou de son avantage. (V.)
3 Cela est louche et obscur ; il semble qu’on aille exécuter ce qu’ona écouté. (V.)
4 Expressions trop négligées ; mais il y a un grand germe d’intérêtdans la situation que Timagène expose. Il eût été â desirer que les dé-tails eussent été exprimés avec plus d’élégance : on a remarqué déjàque Racine est le premier qui ait eu ce talent. (V.)
s II fallait, d’ennemi qu’il était. Je me fais votre ami d’un ennemin’est pas français : on pourrait dire, d’un ennemi je suis devenu unami. (V.)
6 La haine finit ; on ne la finit pas. (V.)
I Mal propre ne doit pas entrer dans le style noble ; et que Timagène