ACTE I, SCÈNE V. 129
Un vif ressentiment dont il le croit blessé i ;
Et, quoique en apparence on les réconcilie,
Il le craint, il le hait, et jamais ne s’y fie;
Et, toujours alarmé de cette illusion,
Sitôt qu’il peut le perdre il prend l’occasion.
Telle est pour moi la reine.
LAONICE.
Ah! madame, je jure
Que par ce faux soupçon vous lui faites injure.
Vous devez oublier un désespoir jalouxOù força son courage un infidèle époux 1 2 .
Si, teinte de son sang et toute furieuse,
Elle vous traita lors'eu rivale odieuse,
L’impétuosité d’un premier mouvementEngageoit sa vengeance à ce dur traitement;
Il falloit un prétexte à vaincre sa colère,
Il y falloit du temps, et, pour ne rien vous taire,
Quand je me dispensois à lui mal obéir 3 * ,
Quand en votre faveur je semblois la trahir,
Peut-être qu’en son cœur plus douce et repentie tElle en dissimuloit la meilleure partie ;
Que, se voyant tromper, elle fermoit les yeux,
Et qu’un peu de pitié la satisfaisoit mieux.
A présent que l’amour succède à la colère,
Elle ne vous voit plus qu’avec des yeux de mère ;
Et si de cet amour on la voyoit sortir 5 ,
Je jure de nouveau de vous en avertir :
1 Blessé d’un ressentiment ! Une injure blesse ; et le ressentiment estla blessure même. (V.|
^ Oublier un désespoir, et un désespoir jaloux, où un infidèle épouxa forcé son courage ! Presque toutes les scènes de ce premier acte sontremplies de barbarismes ou de solécismes intolérables. Est-ce là l’au-teur des belles scènes de Cinna l (V.)
3 Ce vers n’est pas français : on se dispense d’une chose, et non àune chose. (V.)
t Repentie ne l’est pas non plus, du moins aujourd’hui : on ne peutpas dire, cette princesse repentie. Mais pourquoi n’emploierions-nouspas une expression nécessaire dont l’équivalent est reçu dans toutes leslangues de l’Europe 1 ("V.)
S Sortir d’un amour ! De telles impropriétés, de telles négligencesrévoltent trop l’esprit du lecteur. (V.j