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Chefs-D'Œuvres dramatiques de P. Corneille : Avec les notes de tous les commentateurs
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ACTE SECOND

SCÈNE I.

CLÉOPÂTRE.

Serment fallacieux, salutaix’e contrainte •,

Que m’imposa la force et qu’accepta ma crainte,

Heureux déguisements d’un immortel courroux,

Vains fantômes d’État, évanouissez-vous 2 !

Si d’un péril pressant la terreur vous fit naître,

Avec ce péril même il vous faut disparoître,

Semblables à ces vœux dans l’orage formés,

Qu’efface un prompt oubli quand les flots sont calmés 3 .

1 Corneille reparaît ici dans toute sa pompe : l’éloquent Bossuet estle seul qui se soit servi après lui de cette belle épithète, fallacieux.Pourquoi appauvrir la langue 1 Un mot consacré par Corneille et Bos-suet peut-il être abandonné! Salutaire contrainte; il est difficiled’expliquer comment une salutaire contrainte est un vain fantômed’Etat : il manque là un peu de netteté et de naturel. (V.)

2 "Voltaire paroît avoir imité ces vers dans le monologue de Catilina,qui ouvre sa tragédie de Home sauvée :

Titres chers et sacrés, et de père et d’époux,

Faiblesse des humains, évanouissez-vous. (P.)

3 Une comparaison directe n’est point convenable à la tragédie. Lespersonnages ne doivent point être poetes ; la métaphore est toujoursplus vraie, plus passionnée : il serait mieux de dire, mes vœux formésdans Vorage sont oubliés quand lesjîots sont calmés; mais il faudraitle dire dans d’aussi beaux vers. (V.) — Il nous semble qu’une compa-raison aussi courte peut n'être pas déplacée dans une tragédie. Vol-taire s'en est permis même dans ses comédies, où les personnages doi-vent beaucoup moins s’exprimer en poetes. Telle est, entre autres^celle-ci dans VBnfant prodigue :

Il faut au moins, pour se mirer dans l’onde,

Laisser calmer la tempête qui gronde,

Et que l’orage et les vents en reposNe rident plus la surface des eaux. (P.)