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Chefs-D'Œuvres dramatiques de P. Corneille : Avec les notes de tous les commentateurs
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RODOGUNE.

Tu vis comme il y fit des efforts superflus :

Je fis beaucoup alors, et ferois encor plus 1S’il étoit quelque voie, infame ou légitime,

Que m’enseignât la gloire, ou que m'ouvrît le crime 2 ,

Qui me pût conserver un bien que j’ai chériJusqu’à verser pour lui tout le sang d'un mari 3 .

Dans l’état pitoyable où m’en réduit la suite \

Délices de mon cœur, il faut que je te quitte 5 ;

On m’y force, il le faut : mais ou verra quel fruit 6En recevra bientôt celle qui m’y réduit.

L'amour que j’ai pour toi tourne en haine pour elle 7 :Autant que l’un fut grand l’autre sera cruelle 8 ;

Et, puisqu’en te perdant j’ai sur qui m'en venger,

1 II y fit des efforts ; je fis beaucoup alors, et ferais encore plus.Que de négligences ! (V.)

2 Infame est trop fort. Un défaut trop commun au théâtre, avantRacine, était de faire parler les méchants princes comme on parled’eux, de leur faire dire qu’ils sont méchants, exécrables; cela esttrop éloigné de la nature. De plus, comment une voie infame est-elleenseignée par la gloire? elle peut l’être par l’ambition. Enfin quel in-térêt a Cléopâtre de dire tant de mal d’elle-même? (V.) — La voielégitime est celle que lui enseigneroit la gloire; l’autre est celle quelui ouvriroit le crime. Corneille a voulu s’exprimer avec précision, maisl’emploi des mots nous parott exact. Nous pensons cependant, commeVoltaire, qu 'infame passe la mesure, et que Cléopâtre fait ici, sansnécessité, d’étranges confidences. (P.}

3 Ce pour lui gâte la phrase, aussi bien que le que, qui. Verser dusang pour un bien! (V.)

* C’est la suite du sang qu’elle a versé ; cela n’est pas net ; et cet enri’est pas heureusement placé. (VJ

3 Ce sont des expressions faites pour la tendresse, et non pour letrône. Un amour du trône qui se tourne en haine pour Rodogune, etl'un qui est grand, l’autre cruelle; tout cela n’est nullement dans lanature, et l’expression n’en vaut pas mieux que le sentiment. (V.)

fi Ne faudrait-il pas expliquer comment elle est forcée à résigner lacouronne, puisqu’elle vient de dire qu’elle n’a rien à craindre, que lepéril est passé? ne devrait-elle pas dire seulement, on Vexige, je l'aipromis î

7 L’amour du trône fait sa haine pour Rodogune, mais ne tournepoint en haine. (V.)

8 La poésie n’admet guère ces Vun et Vautre.