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Chefs-D'Œuvres dramatiques de P. Corneille : Avec les notes de tous les commentateurs
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ACTE II, SCÈNE II.

Ma perte est supportable, et mon mal est léger L

LAONICE.

Quoi! vous parlez encor de vengeance et de hainePour celle dont vous-même allez faire une reine 2 !

CLÉOPATIIE.

Quoi! je ferois un roi pour être son époux,

Et m'exposer aux traits de son juste courroux !N’apprendras-tu jamais, ame basse et grossièreA voir par d’autres yeux que les yeux du vulgaire?

Toi qui connois ce peuple, et sais qu’aux champs de MarsLâchement d’une femme il suit les étendards;

Que, sans Antiochus, Tryphon m’eût dépouillée;

Que sous lui son ardeur fut soudain réveillée 4 ;

Ne saurois-tu juger que si je nomme un roi,

C’est pour le commander, et combattre pour moi 5 ?

J’en ai le choix en main avec le droit d’aînesse 6 ;

Et, puisqu’il en faut faire une aide à ma foiblesse 7 ,

1 Comment peut-elle dire que la perte d’un rang qui la rend for-cenée lui sera supportable 1 ! (Y.)

2 La particule pour ne peut convenir à vengeance : on n’a point devengeance pour quelqu’un. (Y.) — La particule pour s’applique trèsbien au mot de haine qui la précède immédiatement, et c’en est assezpour l’exactitude de la phrase. Racine et Boileau en offriroient unefoule d’exemples. (P.)

3 Ce n’est point cette confidente qui est grossière ; n’est-ce pas Cléo-pâtre qui semble le devenir en parlant à une dame de sa cour commeon parlerait à une servante dont l’imbécillité mettrait en colèret et icic’est une reine qui confie des crimes à une dame épouvantée de cetteconfidence inutile; elle appelle cette dame grossière. En vérité, celaest dans le goût de la, comtesse d’Escarbagnas, qui appelle sa femmede chambre bouvière. (Y.)

4 II semble que ce soit l’ardeur d’Antioclius; il s’agit de celle dupeuple. Et qu’est-ce qu’une ardeur réveillée sous quelqu’un! (Y.)

8 On commande une armée, on commande à une nation ; on ne com-mande point un homme, excepté lorsqu’à la guerre un homme est com-mandé par un autre pour être de tranchée, pour aller reconnaître, pourattaquer. Pour le commander et combattre n’est pas français : elle veutdire, pour que je lui commande , et qu'il combatte pour moi; ces deuxpour font un mauvais effet. (Y.}

. 6 Avoir un choix en main n’est ni régulier ni noble. (Y.)

*7 Une aide à ma faiblesse est du style familier. (Y.)