ISO
RODOGUXE.
ANTIOCHUS.
Est-il un coup de foudre à comparer aux coupsQue ce cruel arrêt vient de lancer sur nous ?
SÉLEUCUS.
O haines, ô fureurs dignes d’une Mégère !
O femme, que je n’ose appeler encor mère!
Après que tes forfaits ont régné pleinement,
Ne saurois-tu souffrir qu’on règne innocemment?
Quels attraits penses-tu qu'ait-pour nous la couronne,
S’il faut qu’uu crime égal par ta main nous la donne?
Et de quelles horreurs nous doit-elle combler,
Si pour monter au trône il faut te ressembler?
ANTIOCHUS.
Gardons plus de respect aux droits de la nature,
Et n’imputons qu’au sort notre triste aventure :
Nous le nommions cruel; mais il nous étoit douxQuand il ne nous donnoil à combattre que nous.
Confidents tout ensemble et rivaux l’un de l’autre,
Nous ne concevions point de mal pareil au nôtre;Cependant, à nous voir l’un de l’autre rivaux,
Nous ne concevions pas la moitié de nos maux.
SELEUCUS.
Une douleur si sage et si respectueuse,
Ou n’est guère sensible, ou guère impétueuse,
Et c’est en de tels maux avoir l’esprit bien fortD’en connoître la cause, et l’imputer au sort.
Pour moi, je sens les miens avec plus de foiblesse ;
Plus leur cause m’est chère, et plus l’effet m’en blesse :
■Non que pour m’en venger j’ose entreprendre rien ;
Je donuerois encor tout mon sang pour le sien :
Je sais ce que je dois: mais dans cette contrainte,
Si je retiens mon bras je laisse aller ma plainte ;
Et j’estime qu’au point qu’eile nous a blessés,
Qui ne fait que s’en plaindre a du respect assez.
Voyez-vous bien quel est le ministère infameQu’ose exiger de nous la haine d’une femme?
tion de cette tragédie, d'autant plus qu’Antiochus est représentécomme un jeune homme soumis; mais aussi son caractère est sansforce. IV.)