ACTE TROISIEME
SCÈNE I.
RODOGUNE, ORONTE, LAONICE.
RODOGUNE.
Voilà comme l’amour succède à la colère,
Comme elle ne me voit qu’avec des yeux de mère,
Comme elle aime la paix, comme elle fait un roi,
Et comme elle use enfin de ses fils et de moi C
l Ce vers est du ton de la comédie. User de quelqu’un est du stylefamilier, et Cléopâtre n’a point usé de Rodogune. Il est triste que Ro-dogune n’apprenne son danger et le dessein barbare de Cléopâtre quepar une confidente qui trahit sa maîtresse : n’eût-il pas été plusthéâtral et plus touchant de l’apprendre par les deux frères! tousdeux brillants pour elle, tous deux consternés en sa présence; Antio-chus n’avouant rien, par respect pour sa mère ; et Séleucus, qui laménage moins, dévoilant ce secret terrible avec horreur! cette situa-tion ne ferait-elle pas une impression plus forte qu’une suivante quirecommande le secret à Rodogune, de peur d’être perdue? à quoiRodogune répond qu 'elle reconnoHra ce service en son lieu. Cet aver-tissement que donne la suivante à Rodogune démontre combien Cléo-pâtre a été imprudente de vouloir charger ses enfants d’un crime quin’entrera j amais dans le cœur d’aucun homme ; et il y a même beaucoupplus que de l’imprudence à proposer à deux jeunes princes qu’on saitêtre vertueux de tuer leur maîtresse. Mais comment Cléopâtre, aprèsavoir vu avec quelle juste horreur ses enfants la regardent, a-t-elle puconfier à Laonice qu’elle a fait cette proposition à ses fils? quellefureur a-t-elle de découvrir toujours à une confidente qu’elle méprisetout ce qui peut la rendre exécrable et avilie aux yeux de cette con-fidente? {V.l — Elle n’a pas eu besoin de confier cette proposition àLaonice. Voltaire oublie que non-seulement Laonice étoit présente àla scène de Cleopâtre et de ses deux fils, mais que Cléopâtre elle-même l’a engagée à demeurer, et à écouter ce qu’elle alloit leur dire :
Mais voici mes deux fils que j’ai mandés exprès.
Ecoute, et tu verras quel est cet hyménée
Où se doit terminer cette illustre journée. (P.)
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