ACTE III, SCÈNE IV. 101
Notre amour s’en offense, et changeant celte loi,
Remet à notre reine à nous choisir un roi LNe vous abaissez plus à suivre la couronne 2 ;l)onnez-la, sans souffrir qu’avec elle on vous donne;
Réglez notre destin qu’ont mal réglé les dieux ;
Notre seul droit d’aînesse est de plaire à vos yeux :
L’ardeur qu’allume en nous une flamme si purePréfère votre choix au choix de la nature,
Et vient sacri lier à votre élection 3Toute notre espérance et notre ambition.
Prononcez donc, madame, et faites un monarque :
Nous céderons sans honte à cette illustre marque 4 ;
Et celui qui perdra votre divin objet 5Demeurera du moins votre premier sujet :
Son amour immortel saura toujours lui direQue ce rang près de vous vaut ailleurs un empire;
Il y mettra sa gloire, et, dans un tel malheur,
L’heur de vous obéir flattera sa douleur.
RODOGÜNE.
Princes, je dois beaucoup à cette déférenceDe votre ambition et de votre espérance;
Et j’en recevrais l’offre avec quelque plaisir,
Si celles de mon rang avoient droit de choisir 6 .
mots de reine et de captif; et c’est tm ton de galanterie qui est bienloin du tragique. (V.)
l II faudrait, lui remet le choix : on ne dit point, je vous remets àdécider ; mais il vous appartient de décider, je m'en remets à votredécision. (V.)
On ne suit point une couronne, on suit l’ordre, la loi qui disposede la couronne. (V.)
3 Élection ne peut être employé pour choix ; élection d'un empe-reur, d'un pape, suppose plusieurs suffrages. (V.)
4 On ne cède point à une illustre marque , même pour rimer avecmonarque ; il faudrait spécifier cette marque. (V.)
5 Votre divin objet ne peut signifier votre divine personne -, unefemme est bien l’objet de l’amour de quelqu’un, et, en style de ruelle,cela s’appelait autrefois Y objet aimé ; mais une femme n’est point sonpropre objet. ("V.)
6 Cette expression, celles de mon rang , est souvent employée : non-seulement elle n’est pas heureuse , mais ce n’est pas de rang qu’ils’agit; elle parle du traité qui l’oblige d’épouser l’aîné des deux frères.