164 RODOGUNE.
Vous donner la couronne en vous tyrannisant,
Et verser du poison sur ce noble présent.
Au nom de ce beau feu qui tous deux nous consume,Princesse, à notre espoir ôtez cette amertume 1 ;
Et permettez que l’heur qui suivra votre époux 2Se puisse redoubler à le tenir de vous 3 .
BODOGUNE.
Ce beau feu vous aveugle autant comme il vous brille;
Et, tâchant d’avancer, son effort vous recule 4 5 .
Vous croyez que ce choix que l’un et l’autre attendPourra faire un heureux sans faire un mécontent;
Et moi, quelque vertu que votre coeur prépare 3 ,
Je crains d’en faire deux si le mien se déclare 6 :
Non que de l’un et l’autre il dédaigne les vœux;
Je tiendrais à bonheur d’être à l’un de vous deux 7 :
Mais souffrez que je suive enfin ce qu’on m'ordonne :
Je me mettrai trop haut s’il faut que je me donne;
Quoique aisément je cède aux ordres de mon roi,
Il n’est pas bien aisé de m’obtenir de moi.
Savez-vous quels devoirs, quels travaux, quels services,Voudront de mon orgueil exiger les caprices 8 ?
4 Qu’est-ce qu’ôter l’amertume à un espoir! (V.)
% Un fieur qui suit un époux, et qui redouble à le tenir ! tout celaest impropre, et n’est ni bien construit, ni français; ce sont autant debarbarismes. (V.)
3 C’est encore un barbarisme : un heur qui redouble à le tenir ! ilsemble que ce soit cet heur qui tienne. (V.)
* Cela n’est ni français, ni noble, ni exact. Aveugler et reculer sontdes figures qui ne peuvent aller ensemble : toute métaphore doit finircomme elle a commencé. Qu’est-ce que l’effort d’un feu qui reculedeux princes tâchant d’avancer î (Y.)
5 Et moi, quelque vertu que votre cœur prépare.
ne paraît pas bien dit; on ne prépare pas une vertu comme on prépareune réponse, un dessein, une action, un discours, etc. (V.)
6 Elle craint d’en faire deux. On ne sait, par la construction, sic’est deux heureux ou deux mécontents ; le mien veut dire mon cœur :toute cette tirade est un peu embrouillée. (V.)
7 Tenir à bonheur est une façon de parler de ce temps-là ; mais labelle poésie ne l’a jamais admise. ( V.}
8 II est bien étrange qu’elle se serve de ce mot, et qu’elle appellecaprice l’abominable proposition qu’elle va faire. (V.)