ACTE III, SCÈNE IV. 165
Le feu qui semble éteint souvent dort sous la cendre;
Qui l’ose réveiller peut s’en laisser surprendre 1 ;
Et je mérilerois qu’il me pût consumer,
Si je lui fournissois de quoi se rallumer.
SÉLEUCUS.
Poüvez-vous redouter sa haine renaissante,
S’il est en votre main de la rendre impuissante ?
Faites un roi, madame, et régnez avec lui ;
Son courroux désarmé demeure sans appui,
Et toutes ses fureurs sans effet ralluméesNe pousseront en l’air que de vaines fumées 3 .
Niais a-t-elle intérêt au choix que vous ferez,
Pour en craindre les maux que vous vous figurez 3 ?
La couronne est à nous; et, sans lui faire injure,
Sans manquer de respect aux droits de la nature,
Chacun de nous à l’autre en peut céder sa part,
Et rendre il votre choix ce qu’il doit au hasard ».
Qu’un si foihle scrupule en notre faveur cesse :
Votre inclination vaut bien un droit d’aînesse,
Pont vous seriez traitée avec trop de rigueur 3 ,
S’il se trouvoit contraire aux vœux de votre cœur.
On vous applaudiroit quand vous seriez à plaindre 6 .
Pour vous faire régner ce seroit vous contraindre,
1 Se laisser surprendre d’un feu qu'on réveille ne paraît pas jus! c ;on n’est point surpris d’un feu qu'on attise, mais on peut en êtreatteint. (V.)
2 De vaines fumées poussées en Vair par des fureurs ne font pas,comme je Fai remarqué ailleurs, une belle image ; et Corneille emploietrop souvent ces fumées poussées en l'air. ( V.)
3 II paraît naturel que Cléopâtre ait intérêt à ce choix, puisqueRodogune peut choisir le cadet, et que Cléopâtre doit choisir l’aîné :de plus, la phrase est trop louche; a-l-dle intérêt pour en craindre T
(V.)
4 Chacun de nous peut céder sd part de son espérance , et rendraau choix de Rodogune ce qu’il doit au hasard : quel langage! queltour! il faudrait au moins, ce qu’il devrait au hasard; car les deuxfrères n’ont encoijp rien. (V.)
5 Un droit d’aînesse dont on est traité avec rigueur ; cela n’est pasfrançais, et le vers n’est pas bien tourné. (Y.)
6 Applaudirait n’est pas le mot propre ; c’est on vous félicite-rait. (Y.)