ACTE III, SCÈNE VI. 175
Quoi que leur rage exige ou de vous ou de moi,
Itodogune est à vous, puisque je vous fais roi ’.
Épargnez vos soupirs près de l’une et de l’autre.
J’ai trouvé mon bonheur, saisissez-vous du vôtre :
Je n’en suis point jaloux; et ma triste amitiéNe le verra jamais que d’un œil de pitié.
SCÈNE VI.
ANTIOCHUS.
Que je serois heureux si je n’aimois mon frère !
Lorsqu'il ne veut pas voir le mal qu’il se veut faire,
Mon amitié s’oppose à son aveuglement :
Elle agira pour vous, mon frère, également,
Et n’abusera point de celte violenceQue l’indignation fait à votre espérance 2 .
La pesanteur du coup souvent nous étourdit 3 :
On le croit repoussé quand il s’approfondit;
Et, quoiqu’un juste orgueil sur l’heure persuade,
Qui ne sent point son mal est d’autant plus malade;
Ces ombres de santé cachent mille poisons,
Et la mort suit de près ces fausses guérisons.
Daignent les justes dieux rendre vain ce présage!
Cependant allons voir si nous vaincrons l’orage 4 ,
1 Lorsqu’on prend, la résolution de renoncera un royaume, un sigrand effort doit-il être si soudain’ fait-il une grande impression surles spectateurs, surtout quand cette cession ne produit rien dans bpièce? (V.)
2 Cela est très obscur, et à peine intelligible ; on ne fait point vio-lence à une espérance. {V.)
3 Antiochus perd là dix vers entiers à débiter des sentences : est-cel'occasion de disserter, de parler de malades qui ne sentent point leurmal r et d’ombres de santé qui cachent mille poisons? On ne peut troprépéter que la véritable tragédie rejette toutes les dissertations, toutesles comparaisons, tout ce qui sent le rhéteur, et que tout doit être sen-timent, jusque dans le raisonnement même. ( V.}
4 Vaincre tin orage est impropre; on détourne, on calme un orage ;on s’y dérobe, on le brave, etc., on ne le vainc pas : cette métaphored’orage vaincu ne peut convenir à des ombres de santé qui cachentdes poisons. (V.)