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Chefs-D'Œuvres dramatiques de P. Corneille : Avec les notes de tous les commentateurs
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RODOGUNE.

Ne me jetoit dans l’ame lin remords trop cuisant.Oérobons-nous, mon frère, à ces âmes cruelles,

Et laissons-les sans nous achever leurs querelles.

ANTIOCHUS.

Comme j’aime beaucoup, j’espère encore un peu ’.

L’espoir ne peut s’éteindre où brûle tant de feu 1 2 ;

Et son reste confus me rend quelques lumières 3 *Pour juger mieux que vous de ces âmes si iières ».Croyez-moi, l’une et l’autre a redouté nos pleurs :

Leur fuite à nos soupirs a dérobé leurs cœurs ;

Et, si tantôt leur haine eût attendu nos larmes,

Leur haine à nos douleurs auroit rendu les armes.

SÉLEUCUS.

Pleurez donc à leurs yeux, gémissez, soupirez,

Et je craindrai pour vous ce que vous espérez.

Quoi qu’en votre faveur vos pleurs obtiennent d’elles,

Il vous faudra parer leurs haines mutuelles 5 ,

Sauver l’une de l’autre; et peut-être leurs coups,

Vous trouvant au milieu, ne perceront que vous :

C’est ce qu'il faut pleurer. Ni maîtresse ni mèreN’ont plus de choix ici ni de lois à nous faire 6 ;

1 Beaucoup et un peu ; cette antithèse n’est pas digne du tragique.

|V.|

2 Un feu où brûle l’espoir ! (V.) — Corneille ne dit point un feu oùl.rû.le Vespoir. Nous ne prétendons pas justifier son vers ; mais il ne fautpas lui faire dire ce qu’il n’a pas dit. (P.)

a Ce reste confus du feu de l’amour peut-il donner des lumières,parcequ’on se sert du mot feu pour exprimer l’amour? n’est-ce pasabuser des termes? Est-ce ainsi que la nature parle? (V.)

V II semble que l’auteur ait été si embarrassé de cette situationforcée, qu’il ait voulu exprès se rendre inintelligible : une fuite qui dé-robe des cœurs à des soupirs ! une haine qui attend des larmes et quirend les armes! (V.)

5 On ne pare point une haine comme on pare un coup d’épée. ( V. )

6 II veut dire, nous n'avons plus à choisir entre Cléopâtre et Rodo-gune. N'ont plus de choix , dans le sens qu’on lui donne ici, n’est pasfrançais. (V.l — Ce n’est point là du tout la pensée de Séleucus; iiveut dire: “ Ni Cléopâtre ni Rodogune n’ont plus désormais à choisiru entre nous, puisque je vous fais roi, et que je vous cède Rodogune. »Ce ne peut être que par distraction que Voltaire lui prête ici un senssi opposé à celui de Corneille. (P.|