ACTE QUATRIEME
SCÈNE I.
ANTIOCHUS, RODOGUNE,
RODOGUNE.
Prince, qu’ai-je entendu? parceqtie je soupire,
Vous présumez que j’aime, et vous m’osez le dire 1 1
l L’ame du spectateur était remplie de deux assassinats proposéspar deux femmes ; on attendait la suite de ces horreurs : le spectateurest étonné de voir Rodogune qui se fâche de ce qu’on présume qu'ellepourrait aimer un des princes destiné pour être son époux; elle neparle que de la témérité d'Antiochus, qui, en la voyant soupirer, osesupposer qu’elle n’est pas insensible. C’était un des ridicules à la modedans les romans de chevalerie, comme on l’a déjà dit; il fallait qu'm,chevalier n’imaginât pas que la dame de ses pensées pût être sensibleavant de très longs services ; ces idées infectèrent notre théâtre. An-tiochus, qui ne devrait parler à cette princesse que pour lui direqu’elle est indigne de lui, et qu’on n’épouse point la vieille maîtressede son père * quand elle demande la tête de sa belle-mère pour plèsentde noce, oublie tout d’un coup la conduite révoltante et contradictoire,d’une fille modeste et parricide, et lui dit que personne n’est assez té-méraire jusqu’à s’imaginer qu'il ait l'heur de lui plaire, que c’estprésomption de croire ce miracle ; qu'elle est un oracle, qu’il ne fautpas éteindre un bel espoir. Peut-on souffrir, après ces vers, que Rodo-guue, qui mériterait d être enfermée toute sa vie pour avoir proposeun pareil assassinat, trouve trop de vanité dans l’espoir trop promptdes termes obligeants de sa civilité? ces propos de comédie sont-ilssoutenables? il faut dire la vérité courageusement ; il faut admirer,encore une fois, les grandes beautés répandues dans Cinna , dans lesHoraces, dans le Cid , dans Pompée , dans Polyeucle; mais, si on veutêtre utile au public, il faut faire sentir des défauts dent l’imitationrendrait la scène française trop vicieuse. — Remarquez encore quecette conjonction pareeque ne doit jamais entrer dans un vers nobleelle est dure et sourde à l’oreille. (V.)
* Voltaire ne se contente plus de'dire que Rodouine n'est pas jeune, il veuactuellement qu’elle soit vieille. (P.)